Le département du Sud traverse depuis plusieurs mois un épisode de sécheresse qui exerce une forte pression sur les systèmes de production agricole et d’élevage. La raréfaction des précipitations affecte les cultures pluviales, réduit les ressources hydriques disponibles et fragilise les moyens de subsistance de nombreuses familles rurales.
D’Aquin à Tiburon, en passant par Chardonnières, Saint-Jean-du-Sud, Port-à-Piment, Les Cayes et l’Île-à-Vache, plusieurs communautés font état d’importantes pertes agricoles, d’un assèchement progressif de certaines sources et d’une diminution des réserves d’eau destinées à l’irrigation, à l’abreuvement du bétail et à la consommation domestique.
À Chardonnières, des responsables locaux rapportent que certaines zones n’auraient pratiquement enregistré aucune précipitation significative depuis avril ou mai. Cette situation compromet les cycles culturaux et affecte notamment les plantations de maïs, de banane, de patate douce, de pois et d’autres cultures vivrières. Le déficit hydrique réduit également la disponibilité du fourrage et accentue le stress hydrique subi par le cheptel.
À Faugasse, dans la 4e section communale des Cayes, des agriculteurs évoquent plusieurs mois de déficit pluviométrique, avec des pertes considérables enregistrées dans les périmètres rizicoles. Le manque d’eau compromet à la fois la mise en culture, le développement végétatif et les rendements attendus.
La situation apparaît particulièrement préoccupante à l’Île-à-Vache, où le déficit hydrique perturbe fortement les activités agricoles et pastorales. Des éleveurs rapportent des cas de mortalité animale liés au manque d’eau et à l’insuffisance des ressources alimentaires disponibles.
Au-delà du secteur productif, la sécheresse accentue la vulnérabilité des populations rurales. La baisse du débit des sources et l’épuisement de certains points d’eau compliquent l’approvisionnement des ménages en eau potable. Dans plusieurs localités, des familles sont contraintes de parcourir de longues distances pour accéder aux ressources hydriques nécessaires à leurs besoins quotidiens.
Face à cette situation, les agriculteurs et les autorités locales sollicitent une réponse publique adaptée à l’ampleur du déficit hydrique. L’ingénieur-agronome Jean Émilson Joseph préconise notamment une meilleure gestion et une valorisation plus efficace des ressources en eau, ainsi que l’introduction et la promotion de variétés et de systèmes culturaux davantage adaptés aux conditions de sécheresse.
Le ministère de l’Agriculture reconnaît, pour sa part, l’impact important de la situation sur le secteur. Le ministre Marcelin Aubourg indique que la production agricole est fortement affectée et que des démarches sont envisagées afin de mobiliser les ressources nécessaires à la reprise des activités productives.
Dans un département où une part importante des ménages dépend directement de l’agriculture et de l’élevage, la persistance du déficit pluviométrique pourrait avoir des répercussions au-delà des exploitations agricoles : baisse des rendements, pertes de revenus, diminution de la disponibilité des denrées et pression accrue sur les conditions de sécurité alimentaire.
La sécheresse ne constitue donc plus seulement un problème climatique pour les communautés concernées. Elle devient progressivement un enjeu de production, de revenus ruraux, de gestion des ressources naturelles et de sécurité alimentaire, appelant des mesures urgentes d’adaptation et de soutien au secteur agricole.
Jivens Laguerre
