À Gros-Morne, le silence s’installe là où résonnaient autrefois les bruits de la vie quotidienne. Dans le centre-ville, les rues se vident, les commerces tournent au ralenti et les maisons se ferment les unes après les autres. Plus de la moitié des habitants auraient déjà quitté le centre, emportant avec eux leurs biens essentiels et, surtout, l’espoir de pouvoir y vivre encore en sécurité.
Cette nouvelle vague de déplacements forcés intervient après l’attaque meurtrière de Rivière-Blanche, attribuée au gang « Kokorat san ras ». Une douzaine de personnes auraient perdu la vie lors de cette offensive qui a ravivé la peur au sein de la population et accéléré le départ de nombreuses familles.
Dans ce contexte particulièrement tendu, l’annonce par la Force de répression des gangs (FRG) de son redéploiement dans la zone est accueillie comme un possible signe de reprise du dispositif sécuritaire. Cette perspective intervient après le retrait des soldats de la force, perçu localement comme un facteur supplémentaire de vulnérabilité. Pour les habitants, le retour annoncé de la FRG pourrait contribuer à réduire la pression sécuritaire, alors que la crainte de nouvelles attaques demeure profondément ancrée.
Dans ce climat d’incertitude, Gros-Morne fonctionne désormais au ralenti. Les activités commerciales se contractent, les déplacements deviennent plus rares et les familles réorganisent leur quotidien autour d’une seule priorité : se mettre à l’abri. Même la rentrée scolaire n’échappe pas aux conséquences de la crise, les déplacements de population et l’insécurité perturbant la reprise des activités éducatives.
Derrière les chiffres des déplacés se dessine une réalité plus silencieuse : des familles séparées, des maisons abandonnées, des commerces fermés et des projets suspendus. Un territoire qui continue d’exister sur la carte, mais dont une partie de la population ne se reconnaît plus dans le quotidien.
À Gros-Morne, la crise sécuritaire ne se mesure donc plus seulement au nombre d’attaques ou de victimes. Elle se lit aussi dans les rues désertées, les écoles fragilisées et les foyers contraints de partir. Peu à peu, c’est tout un tissu social qui se défait, laissant une commune en quête de sécurité, mais aussi de garanties suffisantes pour que ceux qui sont partis puissent, un jour, envisager de revenir.
