Le gouvernement haïtien a finalement décidé d’agir sur le front du pouvoir d’achat. Le 4 mai, il a dévoilé une revalorisation du salaire minimum dans le secteur de la sous-traitance, sous l’impulsion du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dans un contexte de pression sociale de plus en plus forte. Désormais porté à 1 000 gourdes par jour, ce nouveau seuil, officialisé par le ministre de l’Économie Serge Gabriel Collin, entend répondre à l’urgence sociale tout en soutenant l’activité économique.
Sur le papier, l’approche apparaît structurée : extension progressive à d’autres secteurs, appui financier direct aux ouvriers, et promesse de réduction des coûts énergétiques dans des zones stratégiques comme le Parc Industriel de Caracol. À cela s’ajoute une enveloppe de 625 millions de gourdes destinée à soutenir les travailleurs les plus exposés. L’ensemble esquisse une tentative de réponse globale à une crise sociale qui s’installe dans la durée.
Mais derrière cette architecture de mesures, une omission majeure fragilise la cohérence de l’ensemble : les fonctionnaires publics en sont absents. Or, ils constituent l’ossature même de l’État. Enseignants, personnels de santé, agents administratifs, tous subissent de plein fouet l’inflation et la dégradation accélérée des conditions de vie, sans bénéficier d’aucune mesure comparable.
Ce silence n’est pas anodin. Il révèle un déséquilibre dans la conception de la politique sociale actuelle, comme si l’État, déjà fragilisé, pouvait continuer à fonctionner en laissant ses propres agents à l’écart des efforts de revalorisation. À terme, ce choix pourrait accentuer la démotivation, accélérer la fuite des compétences et affaiblir davantage des institutions déjà sous tension.
En cherchant à répondre à l’urgence sociale, l’exécutif prend ainsi le risque de créer une nouvelle fracture. Car une politique salariale qui améliore le sort d’une partie des travailleurs tout en en négligeant une autre, pourtant essentielle, ne corrige pas les déséquilibres : elle les déplace.
