Haïti : le gouvernement parle d’élections pendant que le pays s’enfonce dans la crise

Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé a organisé, ce samedi 25 juillet, une séance de travail consacrée à l’examen du décret électoral. Selon la Primature, les discussions ont porté sur les mécanismes de mise en œuvre de ce texte, présenté comme une étape importante vers le rétablissement de l’ordre démocratique et la fin de la transition.

Le Premier ministre a rappelé que l’organisation des élections, même si elle relève constitutionnellement des attributions du Conseil électoral provisoire, constitue une responsabilité nationale qui engage l’ensemble des institutions de l’État.

Sur le papier, l’objectif peut sembler nécessaire. Haïti ne peut pas rester indéfiniment prisonnière de la transition. Mais dans la réalité, cette initiative laisse perplexe. Alors que le Grand Sud reste largement paralysé, que des routes et des axes stratégiques sont bloqués et que des milliers de familles vivent encore dans la peur, le gouvernement parle déjà d’organiser des élections nationales.

Pour beaucoup de citoyens, la question est simple : comment organiser des élections dans un pays où l’on ne peut pas encore circuler librement d’une région à l’autre et où l’État peine toujours à reprendre le contrôle de plusieurs zones du territoire ?

Le contraste est difficile à ignorer. D’un côté, les réunions officielles et les discours sur le retour à la démocratie se multiplient. De l’autre, sur le terrain, des familles sont déplacées, des activités sont paralysées et des communautés entières continuent de vivre sous la menace des gangs.

Cette démarche donne ainsi le sentiment d’un gouvernement de plus en plus éloigné des réalités quotidiennes de la population. Elle peut également être perçue comme une manière de rassurer la communauté internationale et de donner l’image d’un pouvoir engagé vers les élections, alors que les conditions indispensables à leur organisation sont loin d’être réunies.

Les élections sont pourtant nécessaires pour sortir Haïti de cette transition qui n’en finit plus. Mais elles ne peuvent pas être un simple exercice de communication ou une promesse destinée à satisfaire les partenaires étrangers. Avant de parler de calendrier électoral, le gouvernement doit d’abord permettre aux citoyens de vivre, de circuler et de participer à la vie nationale en toute sécurité.

Car pour une population confrontée chaque jour à la violence et à l’insécurité, parler d’élections sans d’abord rétablir un minimum de sécurité risque de rester un discours éloigné de la réalité.

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