Alors que le Conseil électoral provisoire (CEP) poursuit la mise en œuvre de son calendrier en vue des prochaines élections, une question demeure en suspens : les conditions sécuritaires permettront-elles réellement d’organiser un scrutin à l’échelle nationale ?
Dans une analyse consacrée à la transition politique haïtienne, l’économiste Munson Jean estime que le processus électoral progresse en décalage avec les réalités du terrain. L’emprise des groupes armés sur plusieurs zones, l’insécurité persistante et les déplacements massifs de population constituent, selon lui, des obstacles majeurs à la tenue d’élections accessibles et crédibles.
L’auteur évoque notamment l’attaque meurtrière survenue à Kenscoff en janvier 2026 ainsi que l’enlèvement, en juin, d’un haut responsable lié au ministère de la Défense et à la Police nationale. Ces événements, souligne-t-il, illustrent la fragilité des dispositifs de sécurité et les difficultés de l’État à protéger les citoyens et les institutions, y compris dans des secteurs jusque-là considérés comme relativement sûrs.
Au-delà de la sécurité, c’est toute la mécanique électorale qui pourrait être mise à rude épreuve. L’accès à plusieurs axes routiers stratégiques reste difficile, tandis que le déplacement de centaines de milliers de personnes soulève une question cruciale : comment garantir à ces électeurs l’accès aux bureaux de vote et l’exercice effectif de leur droit civique ?
À cette équation sécuritaire et logistique s’ajoute celle du financement. L’organisation du scrutin repose largement sur l’appui de la communauté internationale, notamment pour la logistique électorale, la formation du personnel et la production du matériel nécessaire au vote.
Pour Munson Jean, l’annonce d’un calendrier électoral ne constitue donc qu’une première étape. Sa mise en œuvre dépendra surtout de la capacité des autorités à créer les conditions minimales de sécurité, à renforcer les institutions électorales et à maintenir un dialogue politique suffisamment inclusif.
Le véritable enjeu, résume l’économiste, n’est désormais plus seulement de savoir quand les Haïtiens voteront, mais dans quelles conditions ils pourront effectivement exercer leur droit de vote.
