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𝑃𝑎𝑟 đœđ‘’đ‘Žđ‘› 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 đ¶đ‘Žđ‘ đ‘ đ‘’Ìđ‘ąđ‘ 

Depuis la fin du spectacle du Conseil prĂ©sidentiel de transition, le 7 fĂ©vrier dernier, c’est l’entracte. Ou, pour ĂȘtre plus exact, ce moment Ă©trange oĂč la salle demeure pleine, oĂč les lumiĂšres n’ont pas tout Ă  fait baissĂ©, oĂč chacun comprend qu’une sĂ©quence s’est achevĂ©e, sans qu’aucune autre ne commence vĂ©ritablement. Des pions sont dĂ©placĂ©s, des Ă©quilibres se renĂ©gocient, des ajustements se mettent en place. Mais, pour les pauvres et les dĂ©munis, qui aspirent eux aussi Ă  prendre part Ă  la danse nationale autrement qu’en figurants du dĂ©sastre, rien n’annonce encore un vĂ©ritable changement de musique politique.

Le malaise du moment vient prĂ©cisĂ©ment de lĂ . Le pays n’est pas face Ă  un vide absolu, mais Ă  une prĂ©sence sans impulsion nette. L’appareil Ă©tatique existe, les acteurs sont en place, les positions sont distribuĂ©es, la scĂšne institutionnelle demeure occupĂ©e ; pourtant, l’ensemble ne produit ni rythme, ni direction, ni montĂ©e. HaĂŻti donne l’impression d’un systĂšme sonore allumĂ© qui tarde Ă  lancer le morceau. Or une nation ne peut pas vivre indĂ©finiment dans le bruissement des prĂ©paratifs. À un certain point, les rĂ©glages eux-mĂȘmes deviennent une forme d’épuisement public.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-AimĂ©, seul maĂźtre Ă  la console Ă©tatique, se tient Ă  ce point de gravitĂ© oĂč la fonction ne peut plus se contenter d’ĂȘtre exercĂ©e : elle doit imprimer un rythme, dĂ©gager une ligne, introduire une progression. Toute la difficultĂ© du moment rĂ©side dans cette aptitude Ă  faire passer l’État de la simple prĂ©sence institutionnelle au commencement politique. Monsieur le Premier ministre, vous ĂȘtes Ă  l’appareil. Il est temps de presser Play.

La nation attend que vous pressiez la touche Play d’une partition synchronisĂ©e avec le calendrier Ă©lectoral dĂ©jĂ  publiĂ© par le Conseil Ă©lectoral provisoire. À ce stade, aucun contretemps politique, aucun groove parallĂšle, aucune improvisation de cabine ne peut ĂȘtre offert au pays. Il faut dĂ©sormais saturer l’espace national d’une ambiance Ă©lectorale assez crĂ©dible, assez structurĂ©e, assez soutenue pour que la sociĂ©tĂ© comprenne qu’un rendez-vous se prĂ©pare rĂ©ellement, qu’il est pris en charge par l’État, et qu’il ne sera pas, une fois de plus, noyĂ© dans la vieille grammaire des obstacles invoquĂ©s pour diffĂ©rer l’échĂ©ance.

Mais aucun tempo Ă©lectoral n’acquerra de crĂ©dibilitĂ© tant que la question des groupes armĂ©s continuera de dĂ©vorer l’espace national. Ici encore, le pays n’attend pas un spectaculaire de circonstance. Il n’attend ni gesticulation martiale, ni dramaturgie sĂ©curitaire. Il attend une ligne d’action intelligible, une doctrine, une continuitĂ©, une mĂ©thode. Il attend de reconnaĂźtre, dans la conduite de l’État, autre chose qu’une rĂ©action fragmentaire Ă  une violence devenue structurelle. Car un peuple harcelĂ© par la peur ne demande pas d’abord qu’on lui raconte la fermetĂ© ; il demande qu’on lui en administre la preuve, fĂ»t-elle progressive, territorialisĂ©e, imparfaite, mais lisible.

Le drame des pouvoirs affaiblis est souvent de confondre mouvement et cadence, agitation et direction, occupation de la cabine et maĂźtrise de la soirĂ©e. Ils croient gouverner parce qu’ils s’ajustent ; ils croient agir parce qu’ils s’annoncent ; ils croient rassurer parce qu’ils parlent. Mais les peuples Ă©prouvĂ©s dĂ©veloppent, avec le temps, une oreille redoutablement sĂ»re. Ils distinguent le bruit de fond de l’impulsion vĂ©ritable. Ils savent quand l’État cherche encore sa frĂ©quence, et quand il a enfin dĂ©cidĂ© d’entrer en Ă©mission. La population haĂŻtienne, accablĂ©e par l’insĂ©curitĂ©, l’épuisement social et l’attente sans fin, n’écoute plus les promesses comme autrefois : elle scrute le signal de dĂ©part.

Monsieur le Premier ministre, la nation n’attend pas de vous une animation supplĂ©mentaire de la transition, encore moins une bande-son destinĂ©e Ă  couvrir l’immobilitĂ©. Elle attend que vous mettiez enfin le pays dans le tempo d’un retour crĂ©dible au suffrage et dans la logique d’une action concrĂšte face aux groupes armĂ©s. Monsieur le Premier ministre, vous ĂȘtes Ă  l’appareil ; le pays, lui, se trouve depuis trop longtemps dĂ©jĂ  sur la piste de ses urgences.

Play, Mister Didier!


17 mars 2026

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