« Les solutions pour Haïti doivent venir d’Haïti », affirme le représentant spécial du Secrétaire général pour Haïti, Alberto Föhrig. Il précise toutefois que l’OEA travaille à créer les conditions nécessaires pour permettre aux autorités haïtiennes d’organiser des élections transparentes, légitimes et largement participatives.
À première vue, le message se veut rassurant et respectueux de la souveraineté nationale. Mais derrière cette rhétorique se dessine une contradiction, qui peut donner l’impression d’une forme de démagogie : comment soutenir que les solutions doivent venir exclusivement d’Haïti alors que le pays reste largement dépendant de l’appui et des orientations de la communauté internationale pour faire face à ses principaux défis sécuritaires, institutionnels et électoraux ?
L’OEA affirme vouloir accompagner les autorités haïtiennes « sous la direction haïtienne » et dans le respect des institutions nationales. Cette position soulève pourtant une question essentielle : où s’arrête réellement le soutien international et où commence la pleine responsabilité des acteurs haïtiens ?
Le raisonnement paraît simple : des élections sont nécessaires pour mettre en place un gouvernement légitime, mais leur organisation suppose d’abord un minimum de sécurité. Or, c’est précisément ce qui fait défaut. Présenter les élections comme la principale issue, sans s’attaquer avec la même détermination aux causes profondes de l’insécurité et à l’affaiblissement de l’État, revient à laisser croire qu’un scrutin pourrait, à lui seul, remettre le pays sur les rails.
La véritable difficulté ne réside donc pas seulement dans la tenue des élections. Elle tient surtout à la capacité de l’État haïtien à garantir la sécurité, l’autorité publique, la justice et la crédibilité institutionnelle nécessaires à leur bon déroulement.
Le discours de l’OEA, aussi diplomatique soit-il, gagnerait ainsi à aller au-delà des formules convenues sur la « solution haïtienne » et la « responsabilité nationale ». La souveraineté ne peut pas se résumer à une formule de circonstance : elle suppose un État capable d’exercer son autorité, des institutions qui fonctionnent et une réelle capacité à décider de l’avenir du pays.
À défaut, répéter que « les solutions doivent venir d’Haïti » risque de devenir une formule politiquement commode, mais de plus en plus éloignée des réalités auxquelles la population haïtienne est confrontée.
