La responsabilité de l’État haïtien envers ses citoyens qui retournent au pays ne commence pas lorsque l’avion atterrit à l’aéroport international Toussaint Louverture. Elle commence bien avant, dès le moment où ces femmes et ces hommes envisagent, parfois dans l’urgence, un retour en Haïti.
Pour de nombreuses familles haïtiennes, la situation actuelle ne constitue pas simplement un changement de politique migratoire. Elle représente un bouleversement profond d’une vie construite pendant des années, voire des décennies. Des Haïtiens qui ont travaillé, élevé leurs enfants, acheté des maisons, créé des entreprises, payé leurs impôts et contribué à leurs communautés aux États-Unis se retrouvent aujourd’hui face à un avenir incertain.
Dans ce contexte, Haïti doit regarder cette réalité non seulement comme une crise humanitaire et sociale, mais également comme une responsabilité nationale et une occasion stratégique.
Accueillir avec dignité, préparer avec responsabilité
Lorsqu’un Haïtien revient au pays, il peut ne pas avoir de biens matériels importants avec lui. Mais cela ne signifie pas qu’il revient sans valeur.
Il apporte souvent une expérience internationale, des compétences professionnelles, des réseaux, une connaissance de nouvelles méthodes de travail, une culture entrepreneuriale, des idées et une capacité d’adaptation acquise à l’étranger.
Ce capital humain représente une richesse que l’État haïtien ne devrait pas laisser perdre.
La véritable question n’est donc pas uniquement : comment accueillir ceux qui reviennent ?
Elle devrait être : comment transformer leur retour en une opportunité de réintégration, de création et de reconstruction nationale ?
Les consulats : une première ligne de responsabilité
Dans chaque juridiction qu’ils couvrent, les consulats haïtiens ont une responsabilité particulière envers Haïti et sa diaspora. La période actuelle leur offre l’occasion de démontrer un leadership clair, organisé et humain.
Ils peuvent notamment :
- fournir des informations fiables sur les services gouvernementaux disponibles en Haïti ;
- maintenir des liens avec des organisations juridiques et communautaires reconnues aux États-Unis ;
- orienter les familles vulnérables vers les ressources communautaires appropriées ;
- identifier les compétences professionnelles et entrepreneuriales des Haïtiens qui souhaitent contribuer au pays ;
- organiser des séances d’information en créole, en français et en anglais ;
- mettre en place des canaux de communication dédiés aux familles qui préparent leur retour ;
- coordonner leurs actions avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et les partenaires humanitaires ;
- renforcer les liens avec les organisations haïtiano-américaines, les églises, les entreprises et les leaders communautaires.
Il ne s’agit pas simplement de fournir une assistance administrative. Il s’agit de créer un véritable pont entre la diaspora et la nation.
Transformer une crise en capital national
Derrière chaque départ se trouve une histoire. Derrière chaque retour, il y a également une expérience.
Certains reviendront avec des diplômes. D’autres avec des années d’expérience dans la construction, la technologie, la santé, l’éducation, la finance, l’administration, le commerce ou l’entrepreneuriat.
Certains auront peut-être perdu une partie de leurs biens. Mais ils n’auront pas perdu leurs connaissances, leurs compétences ni leurs réseaux.
Haïti doit donc se donner les moyens d’identifier ce potentiel et de l’intégrer à son développement.
Le gouvernement haïtien, ses missions diplomatiques et consulaires, le secteur privé, la société civile et la diaspora disposent aujourd’hui d’une occasion unique de construire un nouveau modèle de responsabilité nationale envers les Haïtiens de retour.
Haïti ne contrôle pas Washington, mais Haïti contrôle son accueil
Haïti ne peut pas contrôler toutes les décisions prises à Washington. Elle ne peut pas déterminer l’issue de chaque dossier migratoire.
Mais Haïti peut contrôler la manière dont elle accueille ses propres citoyens.
Elle peut préparer.
Elle peut organiser.
Elle peut coordonner.
Elle peut accueillir.
Elle peut créer des opportunités.
Et surtout, elle peut envoyer un message clair à ses citoyens et au monde : un Haïtien, où qu’il ait vécu, demeure une partie intégrante de la communauté nationale haïtienne.
Le retour ne doit donc pas être synonyme d’abandon, d’improvisation ou d’incertitude.
Il doit pouvoir devenir un processus organisé, humain et digne, permettant à chaque citoyen de retrouver sa place, de reconstruire sa vie et, s’il le souhaite, de contribuer à la reconstruction de son pays.
Car finalement, rentrer chez soi ne devrait jamais signifier rentrer seul.
Par Laetisia Belizaire
CEO & Founder, IPP — International Protocol Consultant — Diplomat
