L’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse connaît un nouveau rebondissement en Haïti. Le juge d’instruction Cyprien JN F. Denis Pierre a émis, ce mercredi, plusieurs mandats d’arrêt visant notamment l’ancien ministre de la Justice Rockfeller Vincent, l’homme d’affaires Samir Handal ainsi que l’ex-magistrat Roger Noëlcius. Les mandats ont été transmis à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) en vue de leur transmission à Interpol pour l’arrestation des personnes concernées se trouvant à l’étranger.
Le magistrat a également convoqué l’ancien ambassadeur d’Haïti en République dominicaine, Smith Augustin, afin qu’il s’explique sur certains aspects du dossier. Son nom est notamment associé au volet relatif aux visas obtenus par les ressortissants colombiens ayant pris part au commando qui a assassiné le chef de l’État, une question déjà évoquée lors des procédures engagées devant la justice américaine.
Près de cinq ans après le crime qui a bouleversé le pays, l’enquête progresse toutefois à deux vitesses. Aux États-Unis, la justice fédérale a rapidement conduit des investigations approfondies, procédé à de nombreuses arrestations, obtenu des plaidoyers de culpabilité et prononcé plusieurs condamnations, permettant ainsi de reconstituer progressivement les ramifications internationales du complot. En Haïti, en revanche, les procédures se sont succédé au rythme des changements de juges d’instruction, des contestations procédurales, des difficultés de coopération institutionnelle et des problèmes sécuritaires, retardant considérablement l’aboutissement du dossier.
Au-delà de la recherche des responsables, cette affaire a surtout mis en lumière les fragilités structurelles du système judiciaire haïtien. Le manque de moyens, les difficultés d’enquête, l’insécurité persistante ainsi que les diverses pressions pesant sur les acteurs judiciaires ont considérablement ralenti la manifestation de la vérité, accentuant le contraste avec l’efficacité démontrée par la justice américaine dans le traitement du volet international du dossier.
