𝐋’𝐄𝐭𝐚𝐭 𝐡𝐚ï𝐭𝐱𝐞𝐧 𝐚-𝐭-đąđ„ đĄđšđ§đšđ«Ă© đ€đ«đąđšđ§đš đŒđąđ„đšđ đ«đš đ©đšđźđ« đšđŻđšđąđ« đžđ±đ©đšđŹĂ© đ„â€™đąđ§đœđšđŠđ©Ă©đ­đžđ§đœđž 𝐝𝐞 đ„â€™đ„đ­đšđ­ 𝐡𝐚ï𝐭𝐱𝐞𝐧 ?

Attention ! La question n’est pas bĂȘte. Elle ne l’est pas davantage que les faits qui l’ont rendue nĂ©cessaire.

Au-delĂ  du jeu, ou mĂȘme de l’importance du jeu House of Challenge, le message central de la belle et intelligente Ariana Milagro Lafond, au Togo, a Ă©tĂ© celui-ci : « Debloke peyi a », libĂ©rer le pays du joug d’une complicitĂ© quasi apparente entre l’État et des groupes armĂ©s que le vĂ©cu populaire assimile dĂ©sormais Ă  des groupes terroristes. Au-delĂ  de son titre de championne de ce concours, le peuple haĂŻtien, humiliĂ©, dĂ©sespĂ©rĂ©, sans voix et sans regard, a acclamĂ© la jeune compatriote de 19 ans pour avoir mobilisĂ© des TikTokeurs, des influenceurs et des publics partout en Afrique autour d’un message que les dirigeants haĂŻtiens auraient dĂ» recevoir comme une accusation politique. Le paradoxe est stupide : l’État haĂŻtien, au lieu d’avoir honte, ou du moins de prendre acte de cette revendication et de ce cri de dĂ©sespoir, a reçu Ariana comme une reine. J’avoue : je suis confus.

Cet accueil vise-t-il Ă  noyer le message sous les fleurs de la cĂ©lĂ©bration ? Ou traduit-il une incomprĂ©hension frĂŽlant l’inculture ? Dans les deux cas, le malaise demeure. Car un gouvernement Ă©clairĂ© ne peut pas acclamer officiellement une personne dont le message central l’accuse d’irresponsabilitĂ©, voire d’incompĂ©tence.

Le 11 avril 2026, Ă  LomĂ©, Ariana Milagro Lafond a remportĂ© la 8e Ă©dition de House of Challenge, concours international rĂ©unissant des crĂ©ateurs de contenu venus notamment du Nigeria, du Cameroun, du BĂ©nin, de CĂŽte d’Ivoire, du Gabon, de GuinĂ©e, du Mali, de Mauritanie, du Niger, de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo et du Togo. Selon TRT Afrika, la jeune HaĂŻtienne a battu la Camerounaise MK Michelle en finale et a remportĂ© un prix comprenant 20 millions de francs CFA, soit environ 35 000 dollars amĂ©ricains, en plus d’un financement destinĂ© Ă  un projet entrepreneurial.

Mais ce n’est pas la victoire, en soi, qui a intĂ©ressĂ© le peuple haĂŻtien, dans le pays comme dans la diaspora. C’est le message. Sur la scĂšne togolaise, Ariana n’a pas vendu un folklore vide. Elle a dit, dans la langue du pays rĂ©el : ouvrez les routes, laissez HaĂŻti respirer. Selon Gazette HaĂŻti, elle a lancĂ© un appel Ă  dĂ©poser les armes, Ă  restaurer la sĂ©curitĂ© et Ă  garantir les conditions permettant mĂȘme d’accueillir une prochaine Ă©dition du concours en HaĂŻti. Son mot d’ordre, « OuvĂš peyi a », plaçait la question sĂ©curitaire au centre de la reprĂ©sentation internationale du pays.

C’est lĂ  tout mon malaise. Car un État sĂ©rieux ne peut pas applaudir tranquillement une jeune fille qui, devant l’Afrique, dit au monde que son pays est bloquĂ©, sans que ses dirigeants se sentent eux-mĂȘmes convoquĂ©s au banc des accusĂ©s. Quand une jeune fille de 19 ans doit porter Ă  l’étranger le message que les routes de son pays doivent ĂȘtre rouvertes, que la violence doit cesser, que son pays doit respirer, ce n’est plus une carte postale qu’elle brandit. C’est un procĂšs moral qu’elle fait Ă  ses gouvernants.

Or le gouvernement haĂŻtien a choisi le registre de la fiertĂ© nationale. Le Premier ministre Alix Didier Fils-AimĂ© a fĂ©licitĂ© Ariana Milagro Lafond, saluant son talent, son authenticitĂ©, sa capacitĂ© Ă  reprĂ©senter HaĂŻti et Ă  faire rayonner l’image du pays sur la scĂšne internationale. Le communiquĂ© gouvernemental a mĂȘme insistĂ© sur les liens historiques entre HaĂŻti et l’Afrique, sur la jeunesse et sur la culture comme ponts entre les nations.

TrĂšs bien. Mais quelle image d’HaĂŻti a-t-elle rĂ©ellement portĂ©e ? Celle d’un pays crĂ©atif, oui. Celle d’une jeunesse brillante, oui. Celle d’une dignitĂ© populaire intacte, oui. Mais aussi celle d’un État qui ne contrĂŽle plus son territoire, qui ne garantit plus la circulation, qui ne protĂšge plus assez ses citoyens, qui laisse la parole publique d’une jeune fille, qui a certainement peur des humiliations de l’exil, produire davantage d’effet diplomatique que les discours officiels.

Les faits sur HaĂŻti sont d’une duretĂ© extrĂȘme. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme indiquait, en mars 2026, que les gangs avaient Ă©tendu leur emprise en HaĂŻti, y compris sur des routes terrestres et maritimes stratĂ©giques. Le mĂȘme rapport Ă©voquait au moins 5 519 personnes tuĂ©es et 2 608 blessĂ©es entre mars 2025 et janvier 2026, dans un contexte oĂč les violences impliquent gangs, forces de sĂ©curitĂ©, groupes d’autodĂ©fense et acteurs privĂ©s. Reuters, citant ce rapport onusien, prĂ©cisait qu’un HaĂŻtien sur quatre vivait dans des zones contrĂŽlĂ©es par des gangs criminels.

Dans ces conditions, honorer Ariana est-il une faute ? Non. Un peuple doit savoir cĂ©lĂ©brer ses enfants quand ils le portent plus haut que ses institutions. Mais l’État haĂŻtien devrait-il la cĂ©lĂ©brer ? Absolument pas. Il doit, de prĂ©fĂ©rence, rĂ©pondre politiquement Ă  son message. Il doit montrer au pays ce qu’il est en train de faire rĂ©ellement pour dĂ©bloquer les routes, reprendre les corridors, protĂ©ger les familles, restaurer l’autoritĂ© publique, rĂ©duire l’emprise des groupes armĂ©s, rendre possible la vie nationale. Il doit montrer Ă  Ariana que le demain qui l’attend n’est pas celui d’une course-poursuite entre elle et l’immigration dominicaine.

Ma confusion n’est donc pas qu’Ariana ait Ă©tĂ© acclamĂ©e. Ma confusion est que l’État ait tentĂ© de transformer une interpellation en trophĂ©e, une accusation en cĂ©rĂ©monie, un cri populaire en photo officielle, une dĂ©nonciation de son insouciance en fait patrimonial au MusĂ©e du PanthĂ©on National HaĂŻtien.

Ariana n’a pas offert Ă  l’État haĂŻtien un certificat d’honneur. Elle lui a tendu un miroir. Et dans ce miroir, l’État aurait dĂ» voir son incapacitĂ©, sa laideur, sa faillite, sa dette envers une population qui ne demande plus le luxe d’un avenir glorieux, mais le droit Ă©lĂ©mentaire de circuler, de travailler, d’aimer, de respirer.

𝑃𝑎𝑟 đœđ‘’đ‘Žđ‘› 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 đ¶đ‘Žđ‘ đ‘ đ‘’Ìđ‘ąđ‘ 

đ…đšđ«đ­ đ‹đšđźđđžđ«đđšđ„đž, 𝟐 𝐩𝐚𝐱 𝟐𝟎𝟐𝟔

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