Ouvrez la salle. Qu’on juge l’impunité.
Le 7 juillet 2021, à une heure du matin, la Résidence de Pèlerin n’était plus une maison, c’était un abattoir, gardé par cinquante hommes armés qui n’ont pas tiré. Qui n’ont pas crié. Qui ont laissé faire. Cette nuit-là, les chiens n’ont pas aboyé, les caméras ont fermé les yeux, et les fusils de la garde ont préféré se taire, couchés dans leur propre honte.
Vingt-six mercenaires dans l’obscurité.
Douze balles dans le corps. Une dans l’œil.
Et dans le lit, Martine, haletante, brisée, l’oreille arrachée, le bras fracassé, mais la mémoire intacte, debout dans le sang comme un acte d’accusation. Qui a ouvert les portes ?
Qui a vendu le silence ? Qui a dit aux agents du GSSP : Ne bougez pas ?
Dimitri Hérard ? Les juges le disent.
Joseph Badio ? Les appels le trahissent.
Et plus haut, bien plus haut,qui tirait les ficelles depuis les salons climatisés où l’on parle français avec élégance pendant que le créole saigne dans la rue ?
Ils ont tué Jovenel comme ils ont tué Jean Dominique, le micro encore chaud entre ses doigts. Comme ils ont abattu Mireille Durocher Bertin devant ses propres enfants. Comme ils ont brisé la plume De Gasnier Raymond, abattue pour avoir écrit trop vrai. Comme ils ont fait taire tant d’autres dont le nom dort sans réveil dans les fosses de Martissant, dans les cendres de La Saline. Car en Haïti, on n’assassine pas que les hommes. On assassine aussi leur mémoire. L’impunité siège au Parlement, dîne à Pétion-Ville, signe des décrets et se lave les mains dans l’eau bénite des ambassades.
Quatre juges menacés. Des dossiers qui voyagent. Des témoins qui disparaissent. Et l’Oncle Sam instruit à Miami pendant que Port-au-Prince enterre ses morts sans réponse. Mais la mémoire ne dort jamais. Elle compte les balles.
Elle nomme les absents. Un jour viendra et ce jour, ne demande pas permission, où les sans-noms, les sans-terre, les enfants grandis avec des portraits en deuil sur leurs murs réclameront leur vérité. Jusqu’à ce jour, le vent souffle sur les tombes. Et dans chaque silence, un cri gronde. Nous, poètes, greffiers de la honte nous écrivons l’acte d’accusation que nul tribunal n’ose encore signer.
Jovenel Moïse, président assassiné.
Peuple haïtien, témoin bâillonné.
Accusée : l’Impunité.
Verdict : la rue le dira.
Justice pour Jovenel. Justice pour Haïti.
Que le vrai et juste procès commence.
Par Pierre-Richard Raymond
