La dégradation publique de deux soldats des Forces armées d’Haïti (FAD’H), accusés dans une affaire de vol de sucre, continue d’alimenter le débat. Si peu de voix contestent la gravité des faits qui leur sont reprochés, la manière dont la sanction a été appliquée soulève de nombreuses interrogations.
Dans une analyse rendue publique, l’ancien ministre de la Défense et ancien officier supérieur des FAD’H, Rodolphe Joazile, affirme que l’implication des deux militaires aurait été établie à la suite d’une enquête interne menée par l’état-major. Selon lui, la décision prise s’inscrit dans l’exercice du pouvoir disciplinaire de l’institution et vise à préserver l’ordre, la discipline et la crédibilité de l’armée.
Toutefois, cette affaire met en lumière une réalité préoccupante : l’absence de mécanismes juridiques pleinement opérationnels au sein des FAD’H. Alors que la reconstruction de l’institution se poursuit, la juridiction militaire et la cour martiale demeurent inopérantes, créant un vide juridique qui alimente les controverses chaque fois qu’une mesure disciplinaire d’envergure est prise.
Pour Rodolphe Joazile, la discipline demeure le socle de toute organisation militaire. Il reconnaît cependant que la consolidation de l’armée ne peut se faire au détriment des garanties procédurales. D’où son appel à la mise en place d’un véritable service juridique capable d’encadrer les sanctions disciplinaires et d’en renforcer la légitimité.
Au-delà de la dégradation des deux soldats, cette affaire soulève une question fondamentale : comment concilier l’exigence de fermeté indispensable à la discipline militaire avec le respect des principes de l’État de droit ? Un défi majeur que les FAD’H devront relever pour renforcer leur crédibilité et poursuivre leur reconstruction sur des bases à la fois solides et durables.
