Yves Barthélémy : le départ d’un des derniers mapous de l’Université d’État d’Haïti

La Faculté des Sciences Humaines (FASCH) est en deuil. Le professeur Yves Barthélémy, secrétaire général de la faculté et figure emblématique de cette institution, s’est éteint le 24 octobre 2026. Avec son départ, c’est l’un des derniers grands « géant » de l’Université d’État d’Haïti (UEH) qui tombe, après avoir consacré une part essentielle de son existence à transmettre le savoir et à servir l’université publique haïtienne.

Il appartenait à cette génération d’enseignants pour qui enseigner dépassait largement les murs d’une salle de cours. Former était une mission, presque un sacerdoce. Yves Barthélémy avait fait le choix de se donner à l’université, d’y investir son temps, son intelligence et une grande partie de sa vie afin que d’autres puissent apprendre, comprendre et, à leur tour, contribuer à la société haïtienne.

Profondément attaché au marxisme orthodoxe, il ne séparait pas l’enseignement de l’éveil de la conscience critique. Dans son cours d’Introduction à l’économie, il s’appuyait sur cette formation idéologique pour initier des milliers de jeunes à la pensée marxiste, leur donnant des outils pour analyser les rapports sociaux, les inégalités et les mécanismes économiques qui structurent la société. Chez lui, cette transmission ne relevait pas d’un simple enseignement théorique : elle participait d’une volonté de former des esprits capables de comprendre leur époque et d’agir sur elle.

Pendant des années, des générations d’étudiants ont ainsi croisé sa route. D’abord comme professeur d’Introduction à l’économie, puis comme secrétaire général de la FASCH, fonction qu’il a exercée pendant près de deux décennies. Derrière les responsabilités administratives demeurait l’universitaire profondément attaché à la transmission du savoir, à la continuité de l’institution et à la formation de la jeunesse.

Dans une université souvent confrontée aux crises, aux bouleversements politiques, aux difficultés matérielles et aux incertitudes du pays, Yves Barthélémy est resté à son poste. Il aura traversé les années en faisant de la FASCH bien davantage qu’un lieu de travail : un espace auquel il aura consacré une part considérable de son existence.

Son parcours raconte ainsi une forme de sacrifice silencieux : celui de ces professeurs qui choisissent de donner leurs meilleures années à former des générations d’étudiants, sans toujours rechercher la lumière ni la reconnaissance. Des femmes et des hommes qui deviennent, avec le temps, la mémoire vivante des institutions qu’ils servent.

Le Conseil de coordination de la FASCH salue d’ailleurs sa contribution significative à la vie académique et administrative de la faculté. Ppour honorer sa mémoire, une journée de deuil sera observée le mercredi 28 octobre 2026 au sein de l’institution.

Le professeur Yves Barthélémy s’en va donc vers l’au-delà, mais son passage à la FASCH ne disparaît pas avec lui. Il demeure dans les générations qu’il a contribué à former, dans les milliers de jeunes qu’il a initiés à la pensée marxiste, dans la mémoire de ses collègues et dans l’histoire de cette faculté qu’il aura servie avec constance.

Et lorsqu’un mapou tombe, ce n’est pas seulement un arbre qui disparaît : c’est une mémoire, une époque et une part de l’histoire d’une institution qui s’en vont avec lui.

Yves Barthélémy aura consacré sa vie à faire grandir d’autres hommes et d’autres femmes. À l’heure du grand départ, cet héritage constitue sans doute l’une des plus fortes traces qu’un professeur puisse laisser derrière lui.

Par Servilius Jean Robenson

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