PRIX GONCOURT : JAENADA COURONNÉ MALGRÉ L’IA, ORÉLIEN SACRIFIÉ POUR LES MÊMES PRATIQUES

La polémique autour de l’intelligence artificielle dans la littérature prend une tournure pour le moins paradoxale. Philippe Jaenada, lauréat du Prix Goncourt 2026 pour son roman L’Inconnue du quai de Javel, a reconnu avoir intégré une phrase générée par ChatGPT dans son ouvrage. Une révélation qui contraste avec le traitement réservé à l’auteur canado-haïtien Thélyson Orélien, écarté de la sélection du prestigieux prix après des accusations de recours à l’intelligence artificielle pour son roman C’était ça ou mourir.

Invité sur France Inter ce mercredi 4 novembre, Philippe Jaenada a expliqué avoir utilisé l’IA à trois reprises au cours de son processus d’écriture, notamment pour effectuer des recherches. Il a également révélé avoir volontairement glissé une phrase produite par ChatGPT dans son roman, dans le but de « jouer avec le lecteur ». Assumant cette démarche, l’écrivain estime qu’« on ne peut pas faire comme si ça n’existait pas ».

Cette déclaration ne manque pas de raviver le souvenir de l’affaire Thélyson Orélien, qui avait secoué la saison des prix littéraires. Alors que son roman C’était ça ou mourir figurait parmi les favoris, l’écrivain avait été accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle. À la suite de cette controverse, son ouvrage avait été retiré de la sélection du Goncourt et écarté d’autres compétitions littéraires.

Le contraste entre ces deux situations soulève désormais des interrogations sur la cohérence des critères appliqués par les responsables du prix. Comment expliquer que l’utilisation revendiquée de ChatGPT par un auteur couronné soit présentée comme un clin d’œil littéraire, tandis que des soupçons de recours à la même technologie ont contribué à l’exclusion d’un autre candidat ? Cette apparente politique de deux poids, deux mesures risque de fragiliser la crédibilité du Prix Goncourt et de nourrir des doutes sur l’impartialité de ses instances.

Au fond, l’affaire Orélien aurait pu, et devrait encore, constituer une occasion idéale de dépasser les controverses individuelles pour ouvrir un véritable débat sur la place de l’intelligence artificielle dans la création littéraire et, plus largement, dans la production écrite. À l’heure où cette technologie transforme les méthodes de recherche, d’écriture et de création, le monde littéraire ne peut se contenter de sanctionner certains usages tout en tolérant d’autres. Il lui revient de définir des règles claires, transparentes et équitables. Car le véritable enjeu n’est plus de savoir si l’intelligence artificielle doit entrer dans la littérature, mais de déterminer dans quelles conditions son utilisation peut être compatible avec l’intégrité de la création et l’équité des distinctions littéraires.

Par Servilius Jean Robenson

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