Il est des témoignages qui dépassent le simple cadre judiciaire pour devenir de véritables fragments de vérité brute. À la barre, l’homme d’affaires Rodolphe Jaar a livré un récit d’une rare gravité, levant le voile sur les coulisses du complot ayant conduit à l’assassinat du président. Condamné à la prison à vie, il a reconnu avoir financé l’opération à hauteur de 150 000 dollars américains, répartis entre différents acteurs : 80 000 dollars pour l’USGPN, 30 000 pour les « Cat Team » et 10 000 remis à Félix Badio.
Selon son récit, la pleine mesure du complot ne lui serait apparue que le 6 juillet 2021, à la veille du drame. Jusque-là, l’ambiguïté aurait servi de voile. Puis tout bascule. Les propos attribués à tombent avec une froideur saisissante : entrer, tuer le président, puis repartir. Une phrase dépouillée, presque mécanique, qui résume l’horreur dans sa forme la plus nue.
Mais au-delà des faits relatés, une interrogation persiste, tenace : peut-on réellement prétendre découvrir si tard la finalité d’une telle entreprise sans en porter, dès l’origine, une part de responsabilité ? Entre ignorance revendiquée et implication assumée, la ligne de fracture demeure trouble.
En évoquant sa fuite, puis sa reddition volontaire au , Jaar semble inscrire son rôle dans une logique de coopération tardive. Pourtant, là encore, le temps interroge : pourquoi après, et non avant ?
Au fil de ce témoignage, une évidence s’impose : cette affaire ne se limite pas à des individus isolés. Elle révèle un enchevêtrement de complicités, d’angles morts et de décisions différées. Et tandis que la justice tente d’en démêler les fils, une autre vérité, plus inconfortable encore, s’impose : dans les grandes tragédies, les silences pèsent souvent autant que les paroles.
