Villes propres, pays en crise : le paradoxe soulevé par l’ingénieur Maxi Jean Marie

Dans plusieurs villes d’Haïti, des maires tentent, malgré des moyens limités et un contexte national particulièrement difficile, de reprendre le contrôle de l’espace public. Au Cap-Haïtien, aux Gonaïves ou encore à Fonds-des-Nègres, des initiatives sont engagées pour améliorer la propreté urbaine, lutter contre l’insalubrité et offrir aux citoyens un environnement plus digne.

Ces initiatives méritent d’être saluées, car elles montrent que l’action locale demeure possible, même dans un pays plongé dans une crise profonde. Toutefois, pour l’ingénieur industriel Maxi Jean Marie, ces efforts soulèvent une question essentielle : comment demander à une population qui lutte quotidiennement contre la pauvreté de s’approprier pleinement le concept de « ville propre », lorsque les principaux indicateurs économiques, sociaux, environnementaux et institutionnels sont au rouge ?

Selon lui, une ville propre ne se résume pas au ramassage des déchets. Elle est aussi le résultat d’une économie créatrice d’emplois, d’un système éducatif efficace, d’une gouvernance responsable, d’institutions crédibles et de conditions de vie dignes. La dégradation de l’environnement constitue ainsi, à ses yeux, un indicateur visible d’une pauvreté et d’un abandon beaucoup plus profonds.

Les mairies, en tant que niveau de pouvoir le plus proche de la population, devraient donc disposer d’une véritable feuille de route fondée sur la planification, le contrôle, l’évaluation et l’amélioration continue. Sans ressources adéquates ni accompagnement institutionnel, les campagnes de propreté risquent de rester des initiatives ponctuelles, dépendantes de la volonté et des moyens de chaque maire.

D’où sa conclusion : le véritable défi n’est pas seulement de rendre les villes propres, mais de construire des collectivités capables d’offrir des emplois, des services et des conditions de vie dignes. Car, dans un pays marqué par la pauvreté et la fragilité institutionnelle, une ville propre peut constituer un signe encourageant. Mais sans une politique publique globale et durable, elle risque de demeurer une exception fragile dans un pays qui peine encore à garantir la dignité de sa population.

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