Haïti : quand l’inflation ralentit sur le papier mais accélère dans la réalité

Sur le papier, les chiffres se veulent rassurants. Selon le directeur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Ronald Gabriel, l’inflation a ralenti en février 2026 : 0,8 % sur un mois, 22,1 % sur un an. Pour les autorités monétaires, cette évolution traduit un léger souffle dans une économie sous pression, porté par une meilleure disponibilité des produits et une hausse moins rapide des prix à l’importation.

Mais pour beaucoup d’Haïtiens, ce « ralentissement » reste difficile à percevoir dans la vie de tous les jours. Dans plusieurs régions, surtout celles coupées de la capitale, s’approvisionner relève souvent du parcours du combattant. Sur certaines routes, des groupes armés contrôlent les passages et imposent des paiements informels aux transporteurs. Chaque arrêt, chaque barrière, chaque « péage » fait grimper la facture et, au bout de la chaîne, ce sont les consommateurs qui paient.

En conséquence, les prix des produits de base continuent de peser lourd dans les budgets. Acheter du riz, de l’huile ou payer son transport peut coûter sensiblement plus cher selon la zone. Pour de nombreuses familles, il ne s’agit pas de statistiques, mais de choix quotidiens : réduire les repas, reporter des dépenses essentielles, ou s’endetter pour tenir.

Dans ce contexte, parler d’accalmie peut sembler déconnecté. Car si certains indicateurs s’améliorent à l’échelle nationale, la réalité du terrain reste marquée par l’insécurité, la rareté et des coûts qui ne baissent pas vraiment.

La Banque centrale elle-même reste prudente et évoque un possible rebond de l’inflation dans les mois à venir. Mais pour une grande partie de la population, la pression sur les prix est déjà là, constante, tangible, et bien loin des courbes qui, elles, semblent enfin ralentir.

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