Le CPT tient tête à l’administration Trump et opte pour la révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé

Le Conseil présidentiel de transition (CPT) semble avoir choisi l’épreuve de force avec les États-Unis en décidant de révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. À deux semaines de la fin de son mandat, une partie des membres du Conseil paraît vouloir marquer l’histoire en adoptant une posture de défi face à l’administration Trump, clairement déterminée à maintenir Alix Didier Fils-Aimé à la tête de la Primature.

« Pa manyen Didier Fils-Aimé, tande si w manyen l, w a boule ». Derrière cette formule aux accents populaires se profile un message politique sans équivoque : Washington n’entend tolérer aucune remise en cause de son choix. La note rendue publique par le Département d’État américain, davantage perçue comme une injonction que comme une simple prise de position diplomatique, visait explicitement à contraindre les membres du CPT à faire marche arrière. Cet épisode illustre, une fois de plus, la capacité des États-Unis à intervenir directement dans les affaires internes d’Haïti, au mépris du principe de souveraineté nationale.

Selon le directeur exécutif du RNDDH, Pierre Espérance, Smith Augustin, Louis Gérald Gilles, Fritz Alphonse Jean, Edgard Leblanc Fils et Leslie Voltaire ont apposé leur signature sur la résolution visant à révoquer le Premier ministre. Cette décision a été prise malgré les mises en garde répétées des États-Unis et du BINUH, et sans l’aval du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, qui a exprimé par écrit sa ferme opposition à toute modification gouvernementale à l’approche de l’échéance du 7 février 2026.

Au-delà de l’acte politique, c’est surtout le discours qui l’accompagne qui interpelle. La posture nationaliste revendiquée par certains membres du CPT relève davantage de la mise en scène que d’une réelle volonté d’émancipation. Ces mêmes acteurs doivent en effet leur accession au pouvoir à une formule politique élaborée par la CARICOM, avec le soutien explicite des États-Unis. Se présenter aujourd’hui comme les défenseurs de la souveraineté nationale, alors que leur légitimité procède d’un arrangement diplomatique extérieur, confine à l’incohérence politique, voire à la supercherie.

Ainsi, la révocation du Premier ministre ne marque aucune rupture avec la tutelle internationale. Elle s’inscrit plutôt dans un jeu de repositionnement interne au sein d’un système largement façonné de l’extérieur. Tant que les grandes orientations politiques d’Haïti continueront d’être décidées hors de ses frontières, le nationalisme affiché restera un slogan creux, incapable de dissimuler la réalité d’un État durablement sous influence.

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