Yanick Lahens, lauréate du Grand Prix du roman 2025 de l’Académie française pour son roman Passagères de nuit
Ce jeudi 30 octobre, l’Académie française a décerné son Grand Prix du roman 2025 à l’écrivaine haïtienne Yanick Lahens pour Passagères de nuit. L’auteure s’est imposée d’une courte avance face à Pauline Dreyfus, au terme d’un scrutin serré qui témoigne de la vitalité de la création littéraire francophone contemporaine.
Fondé en 1915, le Grand Prix du roman de l’Académie française récompense chaque année un ouvrage de langue française qui se distingue par la qualité de son écriture et l’originalité de sa vision. Décerné par les « Immortels », il incarne une forme d’idéal littéraire : celui d’une langue précise, exigeante, capable de traduire la complexité du monde et d’en révéler les nuances les plus subtiles.
Dans Passagères de nuit, Yanick Lahens explore les zones d’ombre et de lumière de l’expérience humaine à travers une galerie de personnages en quête d’ancrage et de sens. Le roman met en scène des destins qui se croisent dans un espace indécis entre ténèbres et clarté, entre désillusion et promesse. Par une prose à la fois ample et contenue, Lahens explore ces « passages » où la nuit devient métaphore du doute, de la perte, mais aussi de la résistance. Chaque phrase porte une gravité poétique, une attention presque charnelle à la langue, où se déploie la conscience aiguë d’un monde en perpétuel déséquilibre.
Née à Port-au-Prince, Yanick Lahens s’est imposée depuis plusieurs décennies comme l’une des grandes figures de la littérature haïtienne et francophone. Romancière, essayiste et universitaire, elle interroge inlassablement les blessures historiques, les fractures sociales et les forces vives de son pays. Son œuvre, traversée par une exigence éthique et esthétique, conjugue la rigueur de la pensée à la grâce du récit. Lauréate du prix Femina en 2014 pour Bain de lune, elle a su faire de la langue française un espace d’émancipation et de dialogue, où Haïti résonne comme un lieu de mémoire, de résistance et de création.
La consécration de Yanick Lahens dépasse la simple distinction littéraire. Elle marque la reconnaissance, par l’institution la plus symbolique de la langue française, d’une écriture venue d’ailleurs mais profondément enracinée dans la tradition du verbe. En distinguant une voix haïtienne, l’Académie française affirme une ouverture essentielle : celle d’une francophonie décentrée, polyphonique, capable de se nourrir de ses marges pour mieux se réinventer.
