Saint-Cyr – Fils-Aimé : l’émergence d’un duo exécutif au détriment de la collégialité du CPT

La visite officielle effectuée le 26 janvier 2026 au Grand Quartier Général des Forces armées d’Haïti (FAd’H) par le président du Conseil présidentiel de transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, aux côtés du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dépasse de loin le simple cadre sécuritaire mis en avant par la communication officielle. Dans un contexte politique tendu, marqué par de profondes fractures internes au CPT, cette apparition conjointe s’apparente à un acte politique fort, révélateur d’un réalignement stratégique au sommet de l’État.

Depuis plusieurs semaines, la transition est minée par un bras de fer persistant entre les cinq membres du Conseil présidentiel et le chef du gouvernement. Les désaccords portent à la fois sur la conduite de l’action publique, la gestion du dossier sécuritaire et la répartition réelle du pouvoir exécutif. Dans ce climat de méfiance institutionnelle, chaque image, chaque déplacement officiel acquiert une portée politique accrue. En s’affichant publiquement aux côtés du Premier ministre, Laurent Saint-Cyr s’éloigne de la posture de neutralité censée caractériser la collégialité du CPT et affirme, de facto, un choix politique assumé.

La symbolique du lieu renforce la portée du message. En apparaissant ensemble au cœur de l’appareil militaire, Saint-Cyr et Fils-Aimé mettent en scène une convergence stratégique autour de la question sécuritaire, devenue le pilier central de la transition. Ce rapprochement traduit aussi la volonté du président du CPT de se distinguer de ses pairs, dont certains entretiennent des relations notoirement tendues avec la Primature et contestent, à mots couverts ou ouvertement, l’autorité politique du chef du gouvernement.

Au-delà des déclarations sur la reconquête territoriale et la modernisation des forces armées, cette visite consacre ainsi l’émergence d’un véritable duo exécutif. En choisissant de s’aligner publiquement avec le Premier ministre, Laurent Saint-Cyr acte une rupture politique au sein du CPT, au risque d’accentuer l’isolement de certains de ses collègues. Dans une transition déjà fragilisée par l’absence de consensus et la rivalité des légitimités, ce repositionnement pourrait soit renforcer la cohérence de l’action gouvernementale, soit accélérer une recomposition politique dont les effets restent, à ce stade, difficiles à anticiper.

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