Reconquête du centre-ville : une stratégie à double visage du gouvernement haïtien

Dans un communiqué daté du 10 septembre 2025, le gouvernement haïtien a annoncé en grande pompe le lancement d’une opération conjointe de la Police nationale d’Haïti (@pnh_officiel) et des Forces armées, destinée à « libérer » le centre-ville de Port-au-Prince, tenu depuis des mois par des groupes armés. Une offensive présentée comme implacable, visant à rétablir l’ordre républicain et à réaffirmer l’autorité de l’État dans une capitale fragmentée.

Mais derrière les déclarations musclées et les images de blindés, une autre réalité interroge : la simultanéité de cette opération avec des rumeurs persistantes de négociations entre les autorités et certains chefs de gangs. De multiples sources de la société civile, relayées par des personnalités importantes, évoquent des pourparlers discrets menés en amont, dans l’espoir d’éviter un affrontement direct ou d’assurer un passage pacifique aux forces publiques.

Ces rumeurs, bien que non confirmées, posent une question de fond sur la nature réelle de l’initiative gouvernementale : sommes-nous face à une reprise en main assumée du territoire, ou à une mise en scène d’autorité facilitée par des compromis informels ? Autrement dit, le pouvoir tente-t-il de reconquérir par la force ce qu’il a déjà négocié en coulisses ?

En réponse, les autorités assurent que l’opération se poursuivra sans relâche jusqu’au rétablissement total de l’ordre. Mais la confiance du public, elle, vacille, dans un pays où l’alliance tacite entre pouvoir politique et acteurs armés a trop souvent été la règle.

L’enjeu dépasse la simple question sécuritaire : il s’agit de restaurer la légitimité et la confiance envers un État affaibli. Si cette opération doit marquer un tournant, elle ne pourra pleinement réussir que si elle est accompagnée d’une transparence totale et d’un engagement ferme à rompre avec les compromis passés. Sans cela, la reconquête risque de rester partielle, au risque d’entériner une forme de cohabitation ambiguë entre pouvoir officiel et groupes armés, au détriment de la paix durable.

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