Depuis plusieurs semaines, la Police nationale est à pied d’œuvre dans des quartiers longtemps contrôlés par les gangs de la coalition criminelle « Viv Ansanm ». À Tokyo, Village de Dieu ou encore Grand Ravine, les opérations se multiplient, appuyées par des moyens technologiques inédits, notamment l’usage massif de drones. Armes, munitions et équipements sont saisis, des maisons sont détruites, et les autorités parlent de territoires repris. Sur le papier, la riposte de l’État semble enfin prendre forme.
Pourtant, malgré ces démonstrations de force, un constat demeure : aucun chef de gang majeur n’a, à ce stade, été interpellé. Cette situation alimente interrogations et scepticisme au sein de l’opinion publique. Comment expliquer que des opérations de grande envergure, mobilisant des moyens technologiques sophistiqués et des unités spécialisées, aboutissent à des saisies matérielles et à des destructions d’infrastructures, sans pour autant conduire à l’arrestation des principaux responsables criminels ?
Les explications avancées sont multiples : mobilité des chefs de gangs, réseaux d’alerte bien implantés, failles du renseignement, contraintes judiciaires. Pour le colonel Himmler Rébu, le problème est plus profond. Il pointe un déficit de planification et l’inefficacité du renseignement, incapable de localiser les véritables cibles. Selon lui, tant que la stratégie sécuritaire ne fera pas de la capture des chefs de gangs sa priorité absolue, les opérations resteront essentiellement symboliques.
L’enjeu dépasse la communication sécuritaire. Sans arrestations emblématiques, la population reste sceptique, et la peur demeure. L’État donne l’impression de frapper fort, mais pas juste. Or, dans un pays meurtri par des années de violences et d’impunité, la restauration de l’autorité passe nécessairement par des actes judiciaires forts, visibles et crédibles.
Tant que les chefs de gangs continueront de circuler librement, les opérations sécuritaires, aussi spectaculaires soient-elles, ressembleront davantage à des coups d’éclat qu’à une stratégie durable. La question reste entière : l’État est-il prêt à aller jusqu’au bout, ou se contentera-t-il de démonstrations de force sans justice ?
