Lettre à Sa Majesté Jean-Jacques Dessalines, Fondateur de la Nation Haïtienne

Empereur Dessalines,

C’est avec une profonde tristesse que nous vous adressons ces mots, depuis cette terre que vous avez libérée des chaînes de l’esclavage, au prix de votre sang, de votre foi inébranlable et de votre sacrifice absolu. Vous, avec vos frères d’armes, avez affronté les empires les plus puissants de l’époque pour que notre peuple devienne le premier peuple noir affranchi, souverain sur sa propre terre.

Vous n’avez pas seulement défait la servitude : vous avez posé les bases d’un État fondé sur les principes de justice, de dignité humaine et d’unité nationale. Par votre lutte, vous avez prouvé au monde que l’oppression n’est jamais un destin, et que la liberté s’arrache avec courage et détermination.

Mais aujourd’hui, Empereur, nous sommes forcés de reconnaître nos fautes. Et de vous demander pardon.

Une génération incapable d’honorer son héritage

Nous sommes les héritiers de votre œuvre, mais nous n’en avons pas été les dignes gardiens. Notre génération s’est perdue : divisée, fragilisée par l’égoïsme, paralysée par la peur. Nous avons abandonné les valeurs que vous avez défendues. Là où il fallait des bâtisseurs, nous avons produit des destructeurs. Là où l’unité était vitale, nous avons choisi la fragmentation.

Les gangs ont pris la place des chefs légitimes, la corruption a étouffé l’intégrité, et l’anarchie a effacé l’ordre.
Le rêve que vous avez porté, celui d’un peuple fier, debout et maître de son avenir, s’est effondré sous le poids de notre propre impuissance.

Comment avons-nous pu laisser s’éteindre la flamme de 1804 ?

Nous ne vous appelons pas par nostalgie, mais par nécessité. Inspirez-nous à reprendre le chemin que vous avez ouvert. Rallumez en nous ce feu de courage et de fermeté que rien ne pouvait éteindre. Aidez-nous à nous souvenir que la liberté ne se quémande pas : elle s’impose, elle se protège, et elle se mérite.

Aidez-nous à refaire 1804, non pas par les armes, mais par une prise de conscience collective, un refus déterminé de toutes les formes de servitude moderne : la soumission, l’ignorance, la division.

Empereur, que votre souffle rassemble les enfants dispersés de cette nation.
Qu’il brise les murs qui nous séparent et restaure cette unité qui fut notre plus grande force. Il est temps de nous réconcilier avec nous-mêmes, de retrouver une vision commune, de bâtir ensemble une patrie juste et solidaire.

Que l’harmonie et la fraternité règnent à nouveau entre nous, et qu’Haïti puisse retrouver sa dignité perdue, sa liberté réelle et sa souveraineté totale.

Que l’esprit de 1804 nous guide,
Que votre exemple nous élève,
Et que votre mémoire réveille enfin ce peuple endormi.

Veuillez recevoir, Père de la Patrie, l’expression de notre plus profond respect et de notre indéfectible reconnaissance.

Vos descendants, toujours en quête de rédemption.

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