Haïti : remaniement sous pression, la communauté internationale impose le tempo
Plus d’une semaine après son installation à la tête du gouvernement, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé peine à concrétiser son projet de remaniement ministériel. Ce qui devait marquer une nouvelle impulsion politique semble aujourd’hui suspendu à des arbitrages qui dépassent le cadre strictement national.
Après la révocation du ministre de l’Économie et des Finances, le processus s’est brusquement ralenti. En toile de fond, la communauté internationale aurait demandé au chef du gouvernement de temporiser, le temps de parvenir à un accord plus large avec les principaux acteurs politiques. Autrement dit, dans un contexte de transition fragile, ce ne sont pas uniquement les équilibres internes qui dictent le calendrier, mais aussi les attentes et les exigences des partenaires étrangers.
À la Villa d’Accueil, les consultations se multiplient. Le Premier ministre enchaîne les rencontres avec des figures politiques majeures afin d’arracher un compromis sur la composition d’un nouveau cabinet. Selon des sources proches de la Primature, un document serait en préparation entre le gouvernement, les partis politiques et des représentants de la société civile pour établir un consensus minimal, susceptible de remettre l’État en ordre de marche et de stabiliser la transition.
Mais derrière ces discussions officielles, les négociations se poursuivent en coulisses. Des tractations discrètes visent à peser sur la répartition des portefeuilles stratégiques, tandis que plusieurs noms circulent déjà pour occuper des postes clés. Parallèlement, des voix issues de la société civile mettent en garde contre une mainmise excessive des partis politiques sur un gouvernement appelé à organiser les prochaines élections, craignant conflits d’intérêts et dérives partisanes.
Dans ce contexte politique tendu, une évidence se dégage : la transition haïtienne ne se décide pas uniquement à Port-au-Prince, mais aussi dans les sphères d’influence internationales. Les marges de manœuvre du pouvoir exécutif apparaissent étroitement liées aux attentes des partenaires étrangers. Plus qu’un simple accompagnement, c’est une véritable orientation du processus qui semble s’opérer, au point que beaucoup estiment aujourd’hui que le tempo politique est largement dicté de l’extérieur.
