Haïti : quand la crise sécuritaire masque une tutelle politique
La violence des gangs en Haïti est devenue le symbole d’un État à bout de souffle. Mais derrière l’urgence sécuritaire mise en avant par Washington se cache une réalité plus dérangeante : le double jeu des États-Unis dans la gestion de la crise haïtienne. D’un côté, ils se posent en défenseurs de la stabilité régionale et du peuple haïtien ; de l’autre, ils consolident une influence déterminante sur les choix politiques et sécuritaires du pays.
La promotion active de la Force de répression des gangs, autorisée par la résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations Unies, illustre cette dynamique. Les États-Unis multiplient les consultations internationales, notamment avec le Canada, mobilisant les chefs de mission et les partenaires étrangers. Pourtant, la voix d’Haïti se fait à peine entendre. Les dirigeants haïtiens semblent absents, effacés, comme si la gouvernance du pays se décidait désormais ailleurs.
Cet effacement n’est pas anodin. Il ouvre la voie à une domination accrue des États-Unis, exercée sous couvert d’assistance et de coopération internationale. La lutte contre les gangs devient alors moins un projet de reconstruction nationale qu’un mécanisme de gestion externe de la crise, où Haïti apparaît davantage comme un objet de politique étrangère que comme un acteur souverain.
En dénonçant l’insécurité sans s’attaquer aux causes profondes de l’effondrement institutionnel, Washington entretient une ambiguïté persistante. Car comment prétendre aider un pays tout en marginalisant ses autorités ? Comment restaurer la stabilité sans renforcer la légitimité et la capacité de décision des dirigeants haïtiens ?
Tant que cette logique prévaudra, la crise haïtienne restera enfermée dans un cycle de dépendance et d’ingérence. La sécurité durable ne viendra ni des résolutions internationales ni des forces étrangères seules, mais d’un État haïtien réhabilité, capable de gouverner, de décider et d’assumer pleinement son avenir. Sans cela, l’aide internationale continuera de masquer une tutelle politique à peine voilée
