Haïti : le mandat du BINUH renouvelé malgré son inefficacité
Alors que la situation en Haïti s’enfonce chaque jour davantage dans une spirale de violence généralisée et de chaos institutionnel, le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé, à l’unanimité, de proroger le mandat du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) jusqu’au 31 janvier 2027. Adoptée lors de la 10 099ᵉ réunion de l’organe onusien, cette résolution intervient dans un contexte de dégradation sans précédent de l’environnement politique, sécuritaire et humanitaire du pays.
Dans son texte, le Conseil de sécurité réaffirme son attachement de principe à la souveraineté, à l’indépendance et à l’intégrité territoriale d’Haïti. Mais cette position contraste fortement avec la réalité du terrain. Les membres du Conseil reconnaissent eux-mêmes l’absence de progrès politiques significatifs ainsi que la persistance de graves violations des droits humains. Malgré les appels répétés en faveur d’un dialogue inclusif entre les acteurs nationaux, aucun consensus politique durable n’a émergé, maintenant le pays dans un vide institutionnel profond et préoccupant.
Sur le plan sécuritaire, la situation est tout aussi alarmante. L’escalade des violences perpétrées par des gangs lourdement armés continue de plonger la population dans la terreur et la précarité. Près de 1,4 million de personnes sont aujourd’hui déplacées à l’intérieur du pays, un chiffre qui témoigne de l’ampleur de la crise et de l’échec manifeste des stratégies de stabilisation mises en œuvre jusqu’à présent.
Dans ce contexte de délitement généralisé, le BINUH apparaît de plus en plus comme un dispositif aux capacités limitées, voire inefficace. Présent en Haïti depuis plusieurs années avec un mandat essentiellement politique et consultatif, le Bureau n’est pas parvenu à enrayer la détérioration sécuritaire ni à restaurer la confiance dans les institutions nationales. Dès lors, de nombreux Haïtiens, parmi lesquels des observateurs avertis, s’interrogent ouvertement : quelle est encore l’utilité du BINUH, au moment même où les Nations unies s’apprêtent à voter l’envoi d’une force internationale de 5 000 hommes pour tenter de contenir la violence armée ?
À l’heure où l’ONU semble s’orienter vers une option sécuritaire plus robuste, le maintien d’un dispositif largement perçu comme inefficace soulève de sérieuses interrogations. Faute d’une redéfinition claire de son rôle, de ses moyens et de ses objectifs, le BINUH risque de demeurer le symbole d’une présence internationale impuissante face à l’effondrement progressif de l’État haïtien.
