Haïti : entre pacte politique et fragilité institutionnelle, une stabilité encore incertaine

Ce lundi 23 février 2026, la Villa d’Accueil a accueilli la cérémonie officielle de présentation du Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections. Signé par des représentants du gouvernement, des partis politiques, des secteurs économiques et de la société civile, ce document est présenté comme une « étape stratégique majeure » vers la stabilisation institutionnelle et l’organisation d’élections crédibles.

Sur le plan symbolique, l’initiative revêt une portée significative. Elle met en avant une volonté de dialogue et de coordination dans un contexte de crise prolongée. Toutefois, l’histoire politique haïtienne invite à une lecture plus prudente. Le respect des accords n’a que rarement constitué un socle durable de la vie publique nationale. Bien souvent, les pactes ont servi de mécanismes conjoncturels de gestion de crise, sans s’appuyer sur une architecture institutionnelle suffisamment solide pour en garantir l’application.

L’expérience du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) en offre une illustration significative. Issu d’un compromis entre les principales forces politiques, il devait instaurer un équilibre collégial dans l’exercice du pouvoir. En l’absence de mécanismes de contrôle robustes et de contre-pouvoirs effectifs, cet arrangement n’a pas permis d’ancrer durablement de nouvelles pratiques de gouvernance.

Dans le contexte actuel, caractérisé par des institutions incomplètement fonctionnelles et des structures de contrôle limitées, le pouvoir exécutif demeure largement concentré. Dans ces conditions, un accord politique, même élargi à divers secteurs, ne saurait à lui seul garantir un équilibre réel dans la gestion de l’État. La stabilité institutionnelle repose moins sur la solennité d’une signature que sur l’existence de règles contraignantes et d’organes capables d’en assurer le respect.

Ainsi, si ce nouveau pacte constitue une tentative notable de coordination politique, sa portée effective dépendra de la mise en place de mécanismes clairs de suivi, de contrôle et de responsabilité. À défaut, il pourrait s’inscrire dans une continuité où les engagements formels peinent à se traduire en transformations structurelles durables.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *