Haïti : à quatre jours de la fin du mandat, le CPT joue sa dernière carte
À quatre jours de l’expiration officielle du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), la scène politique haïtienne reste enlisée dans une zone de fortes turbulences, dominée par le flou institutionnel et une crise aiguë de légitimité. Incapable de concrétiser ses objectifs initiaux, illustrés notamment par l’échec retentissant de sa tentative de révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le CPT semble désormais engagé dans une logique de survie politique, multipliant les initiatives à la légalité incertaine pour tenter de prolonger son emprise sur le pouvoir.
C’est dans ce climat de fin de règne que se sont tenues, du 1er au 3 février, les assises de suivi du dialogue interhaïtien, officiellement présentées comme un espace de concertation nationale. À l’issue de ces rencontres, les conseillers-présidents Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles ont annoncé la mise en place d’un collège présidentiel de trois membres, issus respectivement du Conseil présidentiel de transition, de la Cour de cassation et de la société civile, ainsi que la nomination prochaine d’un nouveau Premier ministre.
Loin de dissiper les incertitudes, ces annonces ravivent au contraire les interrogations sur la légalité, la représentativité et la finalité réelle de décisions prises à la veille d’un tournant institutionnel majeur. Pour de nombreux observateurs, ces assises relèvent moins d’une dynamique de refondation politique que d’un instrument soigneusement mobilisé pour offrir une façade de légitimité à un pouvoir en fin de course.
En se posant en arbitre du dialogue national à l’approche de l’échéance de son mandat, le CPT a ainsi cherché à transformer ces assises en levier de justification de son maintien aux commandes de l’État, au mépris des engagements initiaux et des attentes d’une population déjà éprouvée par l’instabilité chronique. Une fuite en avant qui risque, une fois encore, d’approfondir la défiance populaire et de prolonger l’impasse politique.
