Haïti : à l’aube du 7 février, les dirigeants face à l’inconnu

À moins de quatre mois du 7 février, date qui marque la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), Haïti se retrouve plongée dans une incertitude profonde. Les discussions entre acteurs politiques et représentants de la société civile n’ont abouti à aucun consensus ni orientation claire. Entre promesses creuses et discours sans effet, un vide institutionnel imminent symbolise une faillite collective désormais enracinée dans les structures mêmes du pays.

Le CPT, conçu comme une réponse pour sortir de la crise, s’est rapidement transformé en illustration éclatante de l’échec haïtien. En rassemblant des représentants de tous les secteurs jugés « vitaux » (partis politiques, organisations civiles, milieux économiques et religieux ) le Conseil avait suscité l’espoir d’un sursaut national.

Mais la réalité a été implacable. L’institution, censée unifier les forces vives de la nation, n’a fait que renforcer les divisions. Les querelles internes, les ambitions personnelles et la défiance mutuelle ont bloqué toute initiative. Le bilan du CPT est sans appel : les élites haïtiennes, prisonnières de logiques de clan et incapables de prioriser l’intérêt général, ont perdu toute légitimité et crédibilité pour guider le pays vers une stabilité durable.

Dans ce contexte de paralysie et de désordre institutionnel, la communauté internationale, sous la conduite des États-Unis, s’affirme désormais comme l’arbitre incontournable de la crise. Après avoir inspiré la création du CPT, une structure qui s’est révélée contre-productive, les partenaires étrangers dictent désormais la conduite à tenir aux responsables locaux.

Lors d’une déclaration récente, l’ambassadeur américain à Port-au-Prince a exhorté les autorités haïtiennes à prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter un vide institutionnel. Derrière cette injonction se dessine une réalité préoccupante : la souveraineté nationale apparaît aujourd’hui comme une notion vidée de sa substance, un vernis destiné à masquer la dépendance d’un État en faillite.

Ainsi, les élites haïtiennes, incapables de se fédérer autour d’une vision commune, se retrouvent réduites au rôle d’intermédiaires passifs, naviguant entre les exigences des puissances étrangères et les attentes d’une population désabusée. Les véritables décisions se prennent désormais ailleurs, dans les chancelleries, les agences de coopération et les réunions à huis clos des bailleurs de fonds.

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