À l’approche du 7 février, date charnière marquant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), la scène politique haïtienne est en ébullition. Sur les réseaux sociaux comme dans les cercles de réflexion politique, les propositions de sortie de crise se multiplient, traduisant à la fois l’urgence de la situation et la difficulté persistante à dégager un consensus national.
Issues d’horizons politiques divers, ces initiatives s’organisent autour de trois grandes orientations. Certains acteurs plaident pour un exécutif bicéphale, dans lequel un président provisoire, désigné sur la base d’un large accord politique, partagerait le pouvoir avec un Premier ministre chargé de la gestion opérationnelle de l’État. D’autres misent sur un leadership émanant de la société civile, estimant que la classe politique traditionnelle a perdu toute légitimité. Une troisième option, plus légaliste, préconise la désignation d’un juge de la Cour de cassation, afin d’ancrer la transition dans un cadre institutionnel jugé plus neutre.
Pendant que ces scénarios se confrontent, le pays s’enfonce dans l’incertitude, pris en étau entre l’insécurité généralisée, la paralysie de l’administration publique et une profonde crise de confiance envers les institutions. Face à ces inquiétudes, le porte-parole du gouvernement a tenté de rassurer, affirmant lors d’une conférence de presse que le pays ne connaîtra pas de vide institutionnel après le 7 février. Un discours qui peine toutefois à convaincre une large frange de la classe politique et de l’opinion publique.
Parmi les voix critiques figure le G-10, regroupement de partis politiques influents, qui rejette la prolongation du cadre actuel et plaide pour la mise en place d’un exécutif bicéphale composé d’un président provisoire et d’un Premier ministre. Selon cette coalition, seule une telle formule permettrait de rétablir l’équilibre du pouvoir et d’engager des réponses concrètes aux défis sécuritaires et institutionnels.
Invité le 19 janvier 2026 à l’émission Panel Magik, l’ancien Premier ministre Jean Michel Lapin a précisé cette position :
« Le leadership à la présidence doit inspirer confiance et équilibre, tandis qu’à la primature nous privilégions un leadership technique, capable de mettre en œuvre un système de gestion axé sur le renforcement de la sécurité. »
Interrogé sur le refus du G-10 de participer aux consultations initiées par le Conseil présidentiel de transition, Jean Michel Lapin a dénoncé une démarche qu’il juge tardive et sans portée réelle, rappelant que des exercices similaires, menés sous l’ancien Premier ministre Ariel Henry ou sous l’égide de la Caricom, n’ont apporté aucune solution durable à la crise.
À mesure que l’échéance du 7 février se rapproche, cette période de transition apparaît moins comme un pont vers la stabilité que comme un moment de vérité, révélateur des profondes divergences politiques et de l’urgence d’un leadership capable de restaurer l’autorité de l’État et la confiance des citoyens.
