Dossier Nenel Cassy : relance spectaculaire d’une affaire classée sans suite

C’était une affaire que beaucoup pensaient définitivement classée. Le 2 août dernier, le parquet de Port-au-Prince avait discrètement refermé le dossier de l’ancien sénateur des Nippes, Nenel Cassy, malgré un rapport accablant de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Mais, contre toute attente, le dossier refait surface.

Ce lundi, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Fritz Patterson Dorval, a annoncé que l’affaire serait transmise au cabinet d’instruction. Un revirement qui s’aligne, selon ses propos, sur les recommandations initiales formulées par la DCPJ.

Le rapport de la police judiciaire est lourd : il accuse l’ex-parlementaire d’entretenir des liens étroits avec plusieurs chefs de gangs actifs dans le pays. Plus troublant encore, son nom apparaît dans une enquête liée à l’assassinat de Jacques Pierre Matilus, tué de plusieurs balles à Delmas 40B. Cassy aurait été localisé sur les lieux du crime.

La décision du parquet, en août, de classer l’affaire sans suite avait provoqué une onde de choc. Dans un pays où la justice est souvent perçue comme soumise à l’influence des puissants, cette libération avait été dénoncée comme un énième épisode d’impunité. Le ministre de la Justice lui-même, Me Patrick Pelicier, avait qualifié cette libération d’« illégale », lors d’une réunion au Conseil présidentiel de transition (CPT), selon le conseiller Fritz Alphonse Jean.

Mais derrière ce revirement judiciaire, plusieurs voix évoquent l’ombre discrète de Washington. Les États-Unis, qui ont sanctionné Nenel Cassy et suivent de près les dossiers sensibles liés à la criminalité politique, auraient exprimé leur désapprobation face à la décision initiale du parquet. Selon des sources proches du dossier, des pressions diplomatiques auraient contribué à faire évoluer la position des autorités haïtiennes.

Dans un pays où les institutions peinent à se faire respecter, ce retournement de situation interroge : s’agit-il d’un simple calcul politique ou d’un véritable sursaut de justice ? Pour l’instant, les regards sont tournés vers le cabinet d’instruction, où l’avenir de ce dossier sensible reste à écrire.

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