Désarmement des brigadiers d’autodéfense : Alix Didier Fils-Aimé mène-t-il le bon combat ?
Selon plusieurs médias de la capitale, peu après son installation à la tête de l’exécutif, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé aurait engagé des discussions avec un policier identifié comme Samuel, chef brigadier basé à Cana Pévert. L’objectif serait d’obtenir la remise des armes utilisées par des groupes d’autodéfense pour protéger leur localité contre les attaques répétées des gangs armés affiliés à la coalition Viv Ansanm, déterminée à étendre son emprise territoriale.
Cette initiative soulève une question centrale : le gouvernement cible-t-il la bonne priorité dans la lutte contre l’insécurité ?
La réalité nationale est sans équivoque. Ce sont les gangs armés qui fragmentent le territoire, sèment la terreur, déplacent les populations et paralysent l’activité économique. Ce sont eux qui défient l’autorité de l’État, imposent des taxes illégales, contrôlent des axes stratégiques et orchestrent enlèvements et massacres.
Dans toute stratégie cohérente de sécurité publique, la première étape devrait être claire : le démantèlement systématique et le déracinement des gangs armés. Neutraliser leurs chefs, reprendre les territoires occupés et rétablir pleinement l’autorité policière et judiciaire constituent le cœur du combat prioritaire.
En mettant l’accent, dès à présent, sur le désarmement des brigadiers d’autodéfense, le gouvernement risque d’envoyer un signal ambigu. Certes, nul État de droit ne peut accepter durablement la prolifération d’acteurs armés non étatiques. Mais ces groupes ont émergé dans un vide sécuritaire profond. Ils sont davantage une conséquence du chaos qu’en sa cause première.
Leur désarmement doit donc figurer dans la stratégie nationale, mais dans une seconde phase. Une fois les gangs structurés affaiblis, leurs capacités offensives réduites et les territoires reconquis, l’État pourra engager un processus d’encadrement, d’intégration ou de désarmement progressif des groupes d’autodéfense. Dans un contexte où la menace principale recule, cette transition sera politiquement et socialement plus viable.
Inverser cet ordre comporte un risque évident : relâcher la pression sur les gangs tout en fragilisant des communautés qui, faute de protection publique suffisante, se sont organisées pour survivre. Dans une guerre asymétrique où des coalitions comme Viv Ansanm cherchent à annexer des quartiers entiers, la priorité incontournable demeure le démantèlement des structures criminelles organisées.
