L’ambassade des États-Unis en Haïti annonce une récompense pouvant atteindre 3 millions de dollars pour toute information permettant d’identifier et de poursuivre des membres de gangs armés, leurs financiers ou les personnes qui facilitent leurs activités. Washington offre également aux informateurs la possibilité de bénéficier d’une relocalisation hors d’Haïti.
Présentée comme un moyen de renforcer la lutte contre les groupes armés, cette initiative soulève toutefois de nombreuses interrogations. Est-il vraiment cohérent qu’une puissance disposant de moyens considérables en matière de renseignement, de surveillance financière et de capacités sécuritaires sollicite aujourd’hui la population haïtienne pour identifier les réseaux qui alimentent les gangs ?
Pour un peuple qui vit depuis des années sous la terreur des groupes armés, cette annonce peut paraître particulièrement déroutante. Elle donne le sentiment d’un profond décalage entre l’ampleur de la crise haïtienne et la réponse proposée par Washington. Certains peuvent même y voir une forme d’hypocrisie, tant les États-Unis disposent de leviers importants pour agir sur les réseaux financiers, logistiques et internationaux qui permettent aux groupes armés de poursuivre leurs activités.
La question n’est évidemment pas de contester l’utilité du renseignement dans la lutte contre les gangs. Mais après tant d’années de violences, le peuple haïtien est en droit de se demander si les récompenses suffiront à changer une réalité sécuritaire devenue insupportable.
