Les attaques des 28 et 29 mars à Jean-Denis, dans l’Artibonite, rappellent avec brutalité l’ampleur de la crise sécuritaire qui secoue Haïti. La réaction de l’ambassade des États-Unis, marquée par des condoléances et une condamnation ferme des gangs, s’inscrit dans une posture désormais familière. Mais derrière ces déclarations, les critiques se multiplient quant à la pertinence de l’approche adoptée.
Car malgré des années d’engagement, les États-Unis semblent peiner à saisir toute la complexité des mécanismes qui nourrissent l’insécurité en Haïti. Trop souvent réduite à une simple lutte contre des « groupes terroristes », la crise est abordée sous un prisme essentiellement sécuritaire, au détriment de ses causes profondes : faiblesse des institutions, précarité économique et instabilité politique chronique.
Cette lecture incomplète a conduit, à plusieurs reprises, à des réponses jugées inadaptées, voire contre-productives. En mettant l’accent sur le renforcement des forces de sécurité sans un investissement parallèle suffisant dans la gouvernance et la justice, certaines initiatives internationales ont parfois davantage désorganisé l’équilibre déjà fragile du pays qu’elles ne l’ont stabilisé.
Pendant ce temps, la violence continue de s’étendre, atteignant désormais des zones comme l’Artibonite, autrefois relativement épargnées. La population, elle, reste prise en étau, épuisée par l’insécurité et lassée des promesses sans lendemain. Ce qu’elle réclame aujourd’hui, ce ne sont plus seulement des déclarations de soutien, mais des actions cohérentes, fondées sur une compréhension réelle de la situation.
