Jean-Charles Moïse : le retour calculé de l’opposant

Après près de quatre années passées dans les coulisses du pouvoir, Jean-Charles Moïse renoue avec les accents de la contestation. L’ancien sénateur rejette désormais toute légitimité au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et écarte sans détour l’idée d’un dialogue politique. Une posture inflexible qui tranche avec sa proximité passée avec les sphères dirigeantes, notamment sous l’ère d’Ariel Henry et lors de la mise en place du Conseil présidentiel de transition.

Dans ses récentes déclarations, le leader de Pitit Dessalines dépeint le chef du gouvernement comme un dirigeant illégitime, l’accusant de concentrer les pouvoirs et de s’arroger des prérogatives de nature à fragiliser davantage une transition déjà chancelante. Il refuse tout échange avec celui qu’il considère comme un responsable discrédité, l’associant à des pratiques controversées et à l’érosion des partis politiques traditionnels.

Mais cette radicalité soudaine soulève des interrogations. Après avoir évolué au cœur de l’appareil d’État pendant plusieurs années, période durant laquelle il a renforcé son poids politique et, selon ses critiques, accumulé des ressources substantielles, Jean-Charles Moïse semble amorcer un repositionnement stratégique. Pour de nombreux observateurs, cette rupture affichée relève moins d’un sursaut doctrinal que d’une opération de reconstruction d’image, sérieusement affectée par sa participation aux gouvernements successifs.

En toile de fond se dessine déjà la présidentielle de 2027. Dans cette perspective, le retour à un discours d’opposition frontale apparaît comme une tentative de reconquête d’un électorat sensible aux postures de rupture et aux dénonciations du système. En se distanciant d’un pouvoir auquel il a été associé, Jean-Charles Moïse cherche manifestement à réinvestir le champ de la contestation, misant sur la mémoire courte de l’opinion pour transformer l’usure du pouvoir en capital politique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *