Haïti : Quand la diplomatie américaine flirte avec l’ingérence

Dans un contexte de violences persistantes, où les attaques armées plongent quotidiennement Haïti dans le chaos, l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince multiplie les prises de parole fermes et publiques. La dernière en date, publiée sur ses réseaux sociaux, résonne comme un avertissement : « Les États-Unis continuent de tenir pour responsables les personnes qui déstabilisent Haïti. Cela inclut les sanctions financières prises la semaine dernière à l’encontre de Dimitri Herard et Kempes Sanon. L’ère de l’impunité est révolue ! »

Plus qu’une simple déclaration diplomatique, ce message à tonalité martiale semble illustrer le rôle croissant que s’attribue la chancellerie américaine dans la gestion de la crise haïtienne. Il marque une nouvelle étape dans une stratégie de communication offensive, qui tend à supplanter les institutions locales et à positionner les États-Unis comme acteur direct du chaos haïtien.

Depuis plusieurs mois, l’ambassade américaine s’engage dans une guerre de communication directe avec certains des protagonistes de la violence armée en Haïti. Récemment, un échange à distance entre la chancellerie américaine et Djimy Chérizier, alias « Barbecue », chef de file du regroupement armé Viv Ansanm, a illustré cette dynamique. Ce dernier, via des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux, a réagi aux prises de position américaines avec un ton défiant, allant jusqu’à accuser Washington de manipuler la crise haïtienne à son avantage.

Face à ces provocations, l’ambassade a maintenu une posture ferme, publiant régulièrement des annonces de sanctions, des rappels à l’ordre, et des déclarations qui tendent à contourner les institutions haïtiennes, souvent silencieuses ou dépassées. Ce positionnement, bien qu’il puisse être perçu comme un soutien à la lutte contre l’impunité, pose en creux la question de la substitution progressive de l’autorité de l’État haïtien par une puissance étrangère.

Or, en droit international, une mission diplomatique est censée agir dans le respect de la souveraineté du pays hôte. Mais la multiplication de messages à portée politique, l’annonce unilatérale de sanctions, et le contournement apparent des institutions nationales alimentent l’image d’un proconsulat moderne, où l’ambassade américaine s’impose comme une autorité de substitution.

Si la lutte contre l’impunité est une nécessité, elle ne saurait justifier une diplomatie interventionniste qui fragilise davantage un État déjà en lambeaux. La souveraineté haïtienne, aussi affaiblie soit-elle, mérite d’être respectée.

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