Haïti : Une force invisible contre des gangs bien visibles
L’annonce discrète de l’entrée en fonction de la Force de Suppression des Gangs (FSG), faite par l’Ambassade des États-Unis, soulève de nombreuses interrogations. Aucun déploiement public, aucune communication claire, aucune information précise sur le terrain : cette mission censée restaurer l’ordre semble démarrer dans une quasi-invisibilité.
Instituée par la Résolution 2793 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies, la FSG est censée succéder à la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS) pour une durée initiale d’un an. Avec un effectif prévu de 5 500 militaires et 50 civils, elle est dotée d’un mandat large : neutraliser les gangs, sécuriser les infrastructures essentielles, garantir l’accès humanitaire et accompagner la stabilisation du pays.
Mais pour l’instant, aucun détail ne filtre : pas de commandement identifié, pas de pays officiellement en tête de la mission, pas de plan de déploiement visible. Comment parler de mission « opérationnelle » dans un tel flou ?
Dans un contexte aussi fragile que celui d’Haïti, le silence entretenu autour des actions de la FSG est loin d’être rassurant. Cette absence de transparence empêche la population de comprendre ce qui se joue, nourrit la méfiance, et laisse planer un doute légitime : sommes-nous en train de répéter les mêmes erreurs qu’avec la MMAS ?
On se souvient en effet d’une mission précédente mal préparée, mal expliquée, et peu intégrée aux réalités haïtiennes. L’efficacité d’une force internationale ne dépend pas seulement de sa puissance militaire, mais aussi de sa légitimité auprès de ceux qu’elle est censée protéger.
Il est impératif que cette nouvelle opération n’imite pas le modèle défaillant de sa prédécesseure. Le contexte a changé, la violence des gangs s’est intensifiée, et la marge d’erreur est désormais nulle. La communauté internationale doit faire preuve de clarté, d’engagement et de responsabilité. La population haïtienne mérite de savoir qui agit, pour quoi, et comment.
La récente livraison de 20 véhicules blindés par les États-Unis ne saurait masquer l’essentiel : la FSG reste une entité sans leadership identifié ni stratégie publique. Tant que cette mission restera une initiative invisible dans ses actions, opaque dans son fonctionnement, elle ne pourra pas inspirer confiance – encore moins affronter efficacement des groupes armés qui, eux, sont bien ancrés, visibles et organisés.
Haïti n’a pas besoin d’une nouvelle force qui se cache derrière des communiqués diplomatiques. Elle a besoin d’une action internationale assumée, transparente et alignée sur les besoins du terrain. C’est la seule voie pour éviter de tomber à nouveau dans l’inefficacité et l’échec.
