László Krasznahorkai, la voix du vertige, couronné par le Nobel de littérature 2025
À 71 ans, l’écrivain hongrois László Krasznahorkai reçoit le prix Nobel de littérature 2025, consacrant une œuvre dense et vertigineuse, à la croisée du désespoir et de la beauté. L’Académie suédoise salue une voix « visionnaire et envoûtante », qui, dans un monde en proie à au chaos et au désespoir, réaffirme la puissance souveraine de l’art.
Depuis Le Tango de Satan (Satantango), paru en 1985, Krasznahorkai s’est imposé comme un maître du chaos maîtrisé, façonnant des phrases longues comme des incantations, des récits comme des labyrinthes. Son univers, à la fois mélancolique et halluciné, mêle l’absurde kafkaïen, l’excès bernhardien et une gravité mystique empruntée à l’Orient.
Récompensé en 2015 par le Man Booker International Prize, l’auteur devient le deuxième Hongrois à recevoir la prestigieuse distinction, après Imre Kertész en 2002. Voyageur inquiet, il a traversé Berlin, Kyoto et tant d’autres villes, puisant son inspiration dans la littérature, la musique et les paysages intérieurs.
Voyageur des marges, Krasznahorkai a vécu entre l’Allemagne et le Japon, deux pôles culturels qui nourrissent l’ambivalence de son œuvre, entre l’effervescence de l’Occident et la méditation de l’Orient.
Le Nobel s’accompagne d’un diplôme, d’une médaille et d’une dotation de 11 millions de couronnes suédoises (environ 1,6 million de dollars canadiens). Mais au-delà de l’honneur, cette récompense éclaire une œuvre exigeante, souvent jugée difficile, mais portée par une foi inébranlable dans la littérature comme dernier refuge face à l’effondrement.
Depuis sa création, le Nobel de littérature reste le reflet d’un monde inégal : 122 lauréats, mais seulement 18 femmes, et peu de voix venues des continents non occidentaux.
