Haïti : Washington hausse le ton face à une transition politique qui s’éternise
Dans un contexte de crise institutionnelle prolongée, où l’État haïtien peine à restaurer l’ordre et la stabilité, les États-Unis réaffirment leur rôle moteur dans la gestion de la transition post-Moïse. Le chargé d’affaires américain en Haïti, Eric William Stromayer Wooster, a adressé mercredi un message sans ambiguïté aux autorités de la transition : leur mandat n’est ni permanent, ni inconditionnel.
Lors d’un point de presse à New York, le diplomate a mis en garde le Premier ministre haïtien ainsi que les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), les exhortant à ne pas s’installer dans une logique de statu quo. « Les réformes constitutionnelles ou les défis sécuritaires ne peuvent, en aucun cas, justifier une paralysie », a-t-il déclaré, insistant sur l’urgence d’organiser des élections générales crédibles.
Les propos de Wooster s’inscrivent dans une séquence de pressions diplomatiques croissantes exercées par Washington et ses partenaires au sein de l’Organisation des États Américains (OEA). Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti évolue dans une incertitude politique chronique, marquée par l’absence d’institutions élues, une insécurité galopante et l’effritement de la confiance populaire dans les mécanismes de gouvernance.
Dans ce vide institutionnel, les États-Unis et l’OEA ont joué un rôle central dans la mise en place des structures de transition, allant jusqu’à façonner les contours du Conseil Présidentiel de Transition. Cette implication, bien que contestée par une partie de la société haïtienne, reflète la volonté de Washington de peser sur l’orientation politique du pays, en vue d’un retour à l’ordre constitutionnel.
Mais à mesure que les mois passent, l’impatience grandit. Pour la communauté internationale, un calendrier électoral clair et contraignant s’impose comme le seul levier légitime pour restaurer l’autorité de l’État et désamorcer une crise devenue structurelle. L’administration américaine, qui s’est jusqu’ici montrée prudente dans ses critiques publiques, semble désormais vouloir hausser le ton face à ce qu’elle perçoit comme une inertie préoccupante.
Pour Washington, la réponse est claire. La mission de la transition ne saurait être détournée de son objectif premier : remettre entre les mains des citoyens haïtiens le pouvoir de choisir leurs dirigeants.
