Insécurité, vandalisme et dettes publiques: l’EDH à bout de souffle dans la zone métropolitaine
À Port-au-Prince, quelques quartiers retrouvent peu à peu l’électricité, apportant un mince souffle d’espoir dans un quotidien marqué par la peur et le chaos. Deux mois après l’annonce d’une reprise progressive du service, l’Électricité d’Haïti (EDH) est parvenue à réactiver 22 des 24 circuits de la zone métropolitaine.
Mais cette reprise demeure précaire, bien éloignée d’un véritable retour à la normale. Car derrière ces avancées techniques se profile une réalité implacable : celle d’un réseau électrique sans cesse menacé par l’insécurité, rongé par le vandalisme, et abandonné par des institutions publiques qui tardent à assumer leurs responsabilités.
Invité sur les ondes de Magik9, Pierre Michel Félix, président de la Fédération des Syndicats des Travailleurs de l’EDH (FESTREDH), n’a pas mâché ses mots. Selon lui, sur les dix sous-stations qui permettent de distribuer le courant à travers la capitale et ses environs, seulement cinq sont encore fonctionnelles. Les autres ont été saccagées, dans un contexte d’insécurité généralisée qui rend toute opération de maintenance ou de réparation extrêmement périlleuse.
« Nos techniciens doivent parfois risquer leur vie pour remettre un transformateur en marche ou accéder à une ligne coupée », confie M. Félix.
Mais l’insécurité n’est pas le seul obstacle. L’EDH, déjà affaiblie par des années de sous-investissement, est aussi étranglée par des dettes colossales contractées par plusieurs institutions publiques. Cette situation pèse lourdement sur les finances de l’entreprise, limitant sa capacité à acheter du carburant, entretenir ses équipements ou investir dans de nouvelles infrastructures.
Parmi les mauvais payeurs pointés par M. Félix, figurent notamment :
Le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), avec une dette de 500 millions de gourdes
Le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) : 125 millions de gourdes
Le Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT) : 130 millions de gourdes
Ces chiffres illustrent un désengagement inquiétant de l’État face à ses propres responsabilités. Et pendant ce temps, ce sont les citoyens ordinaires qui en paient le prix : des quartiers entiers plongés dans le noir, des hôpitaux contraints de fonctionner à coups de générateurs, et une population qui perd peu à peu confiance en ses institutions.
