2026, An 1 de l’ère de la Renaissance
7 janvier 2026, An 220e de l’assassinat de l’Empereur Jacques 1er
Pour que simplement nous bâtissons une grande nation au 21e siècle
“ Comme une promesse de Dieu, face à tant de dérives, il en a fallu que quelques-uns d’entre nous constituent le chantre de l’Haïti éternelle après 40 ans dans le désert de toutes les tribulations. ”
Polarticle numéro III, par Alexandre Telfort Fils
_____________________________________________________________________________ Mes chers compatriotes,
Il y a des dates qui ne sont pas seulement des repères du calendrier, mais des frontières morales. Des seuils où un peuple, fatigué de survivre, décide enfin de vivre. 2026 doit être de celles-là. Non pas parce qu’elle inaugure mécaniquement une nouvelle année, mais parce qu’elle doit ouvrir une ère post-transition démocratique : l’ère de la Renaissance.
Pourquoi parler d’An 1 ? Le 7 février 2026, comme par un signe, fait coïncider quarante ans d’une transition démocratique inachevée et la fin d’une énième “transition dans la transition”, devenue, à force de répétition, une formule d’épuisement national. Il est désormais une exigence morale que des idées nouvelles et des projets nouveaux fassent irruption dans le débat public. Ceux qui sont indignés, ceux qui refusent que la République se gouverne à coups de bouts de papier baptisés “Accords”, doivent s’exprimer. Car l’heure n’est plus aux slogans, ni aux alternances sans âme. L’heure est à une relève de qualité.
Dans un monde entré dans une ère de ruptures — tensions géopolitiques, chocs économiques, dérèglement climatique, crises migratoires, compétition accrue pour l’énergie, l’eau, les denrées et les capitaux — les nations fragiles ne reçoivent plus de secondes chances. L’ordre international devient plus dur, plus rapide, plus sélectif : il récompense les pays capables de stabilité, de gouvernance et de production, et il isole ceux qui s’enlisent dans le provisoire. Pour Haïti, cela signifie une chose : l’urgence n’est plus un simple mot, c’est une question de survie nationale. Voilà pourquoi 2026 ne peut pas être une année de plus dans la crise : elle doit être An 1 de l’ère de la Renaissance, le moment où nous cessons d’attendre que le monde nous sauve, pour décider, enfin, de nous sauver nous-mêmes.
An 1, aussi, parce que 2026 doit être l’année où nous commencerons à nous évaluer avec la rigueur que l’Histoire exige. Non plus à nous raconter, non plus à nous excuser, non plus à improviser, mais à mesurer — année après année — ce que vaut notre leadership, ce que produisent nos choix, ce que deviennent nos promesses. Si 1986–2026 a été la tranche d’une transition démocratique manquée, alors 2026–2066 doit être la tranche d’une génération qui accepte d’être jugée sur ses accomplissements : sur l’école reconstruite, la sécurité rétablie, la santé élargie, la terre nourricière relancée, l’État réhabilité, la dignité restaurée. C’est notre tranche d’Histoire : celle où nous ne demandons plus qu’on nous comprenne, mais où nous décidons d’être comptables devant le peuple et redevables devant les générations futures.
An 1, parce que la Renaissance commence quand une nation redéfinit ce qu’elle tolère et ce qu’elle refuse. Haïti ne manque pas d’idées ; elle manque d’un nouveau contrat moral partagé : vérité, discipline, intégrité, service.
An 1, parce que notre génération n’entre pas dans l’Histoire par le discours, mais par un signe. Un signe visible, un signe compris par le peuple, un signe compris par le monde: Le retour d’Haïti à la Coupe du monde. Après des décennies d’effacement, d’instabilité et de doutes, Haïti revient sur la scène mondiale par le sport, là où le drapeau redevient fierté, là où le nom du pays redevient lumière. Ce retour n’est pas seulement sportif. Il est symbolique.
Il signifie que :
•Ce qui était considéré comme perdu peut revenir,
•Ce qui était fragmenté peut se reconstruire,
•Ce qui était éteint peut à nouveau briller.
Ainsi la participation d’Haiti à la coupe du monde devient un miroir de la Renaissance.
Dans l’histoire des peuples, les rénaissances commencent rarement par les institutions.Elles commencent par un élan, par un moment de grâce collective, par une lumière qui traverse l’obscurité. Pour notre génération, cette lumière est là. Quand Haïti revient à la Coupe du monde, ce n’est pas seulement une équipe qui revient, c’est une nation qui se souvient qu’elle peut encore se lever.
Et enfin, An 1, parce que quarante ans dans le désert, dans la poussière des tribulations, dans l’épuisement des promesses trahies, c’en est assez. Comme le peuple de Dieu, nous avons connu l’errance : des jours sans boussole, des nuits sans refuge, des alliances qui se défont, des mirages de solutions, des générations entières condamnées à marcher sans arriver. Nous avons vu la fatigue devenir une culture, la peur devenir un quotidien, l’exil devenir une habitude, et l’État se réduire à une ombre. Mais le désert n’est pas une demeure : c’est une épreuve. Et même dans les récits sacrés, l’épreuve ne dure pas éternellement ; elle prépare l’entrée dans une terre de promesse, à condition que le peuple retrouve la foi, la discipline et l’unité. 2026 est An 1 parce qu’il faut, enfin, transformer notre errance en marche consciente, notre survie en projet, notre douleur en force, et nos tribulations en serment. Non pas en attendant un miracle tombé du ciel, mais en devenant nous-mêmes le miracle attendu : un peuple qui se relève, qui se respecte, qui s’organise et qui décide que le désert ne décidera plus de son destin.
La loi silencieuse de nos siècles : rater le départ, payer le reste
Depuis 1804, notre histoire s’est souvent organisée autour d’une tragédie récurrente : nous avons pris l’habitude de rater les premières années fondatrices de chaque siècle, ces années où se construisent les institutions, où se fixent les capteurs de confiance, où se dessine l’architecture d’un destin national. Et lorsque les 25 premières années d’un siècle sont perdues, le reste est rarement une surprise : c’est une longue facture, transmise de génération en génération.
Ce n’est pas un fatalisme. C’est un constat.
Car les débuts de siècle sont des fenêtres. Lorsque nous les manquons, nous ouvrons la porte à d’autres forces : la fragmentation, l’économie de survie, la normalisation du désordre, l’exil comme projet collectif, la politique comme rente et non comme service.
Et voici que le XXIe siècle — notre siècle — n’échappe pas à cette tradition malheureuse. Nous savons ce qu’elle annonce : une fatalité fabriquée, un avenir rendu plus lourd, plus incertain, plus douloureux pour les générations qui viendront. Demain, si nous continuons ainsi, nos enfants auront tout perdu — jusqu’au refuge de l’exil — car le monde se fermera à ceux qui ne se relèvent pas. Et c’est précisément cela que nous refusons.
La particularité du XXIe siècle : 40 ans d’une transition démocratique échouée
Le XXIe siècle porte une singularité historique que nous ne pouvons pas contourner : 1986–2026 marque quarante ans. Quarante ans depuis la chute de la dictature, quarante ans de l’ère de la transition démocratique que beaucoup croyaient être une délivrance. Quarante ans d’espérance — et, il faut le dire avec gravité — quarante ans d’échec.
En 1986, une génération s’est levée avec la conviction de libérer le peuple et de porter un projet : la démocratie, l’État de droit, l’autodétermination. Ceux qui allaient prendre le pouvoir se présentaient comme des champions du changement, de l’équité, de la réparation historique, de la justice sociale, de la dignité nationale, de l’anti-impérialisme.
Mais quarante ans plus tard, le constat est sans équivoque : nous n’avons pas même réussi la transition démocratique.
Le rêve s’est fissuré, puis brisé.
Et nous voici devant une phrase que personne ne voulait prononcer : adieu l’État, adieu la démocratie, adieu la justice sociale, adieu l’autodétermination — non pas comme idéaux, mais comme réalités tangibles dans la vie quotidienne.
C’est dans ces instants qu’une nation se retrouve face à une alternative brutale : ça passe ou ça casse.
Or, l’histoire nous enseigne ceci : ce n’est pas l’événement qui décide, c’est la conscience de ceux qui suivent — ce qui reste de peuple patriote, de femmes et d’hommes responsables, de jeunesse lucide, de citoyens capables de préférer la construction au chaos.
Nous, pionniers de la Renaissance : faire en sorte que ça passe
Nous, pionniers de la Renaissance, croyons qu’il faut que ça passe — et que ça casse, oui, mais dans le sens d’une rupture salutaire.
Baptiser 2026 comme An 1 de la Renaissance, ce n’est pas effacer l’histoire. C’est d’abord assumer quarante ans d’une histoire partagée : des luttes, des erreurs, des rêves, des renoncements, des trahisons parfois, des sacrifices souvent.
Mais c’est surtout assumer notre responsabilité : si la génération de 1986 portait l’obligation de réussir la transition démocratique, alors notre génération porte l’obligation de réussir la Renaissance d’Haïti au XXIe siècle.
Et qu’on ne se méprenne pas : nous ne rejetons pas l’âme de 1986. Nous ne chantons pas un requiem. Au contraire : la Renaissance veut ressusciter le rêve, lui rendre sa vérité, sa force et sa méthode. La justice sociale, l’État de droit, la dignité nationale — tout cela demeure non négociable.
“Ça casse” : rupture avec la politicaillerie
Nous disons aussi : ça casse.
Mais que cela soit clair : ça casse dans l’esprit, jamais dans les pratiques de la violence.
Ça casse avec la politicaillerie, avec la politique-spectacle, avec l’État capturé, avec la corruption comme routine, avec l’inaction déguisée en discours. Ça casse avec le cynisme comme stratégie et la misère comme instrument.
Ce n’est pas par la violence que nous prendrons la relève politique.
C’est dans la paix, dans la discipline collective, dans la légitimité morale, dans l’intelligence nationale.
Car notre génération doit “changer son chèque” : transformer l’héritage de l’échec en dividendes de progrès. Et s’assurer que les générations futures héritent, enfin, d’abondance.
Renaissance d’abord humaine : l’homme et la femme haïtiens au centre
La Renaissance commence par un principe simple et révolutionnaire : la renaissance de l’homme et de la femme haïtiens.
Un peuple ne se relève pas uniquement par des décrets. Il se relève par une reconquête intérieure : la confiance, la discipline, l’honneur, le sens du bien commun, le respect de la loi, l’amour de la patrie — non comme émotion, mais comme responsabilité.
Puis vient l’État : non pas l’État contre le peuple, mais l’État au service du peuple.
Et nous devons dire, sans détour, quelle République nous voulons quarante ans plus tard.
2054 : célébrer 250 ans d’indépendance par le progrès et la dignité
En 2054, Haïti célébrera 250 ans d’indépendance. La question n’est pas de savoir si nous organiserons des cérémonies. La question est : que transmettrons-nous à nos enfants et au monde ?
De la fierté vide, ou une dignité bâtie ?
Nous prenons l’engagement d’un cap clair : Haïti renaîtra de ses cendres. Et dans 25 ans, des résultats mesurables devront attester que ce n’était pas une promesse de plus, mais une méthode nouvelle.
D’ici là, nous visons notamment à :
• réduire de 50 % la dépendance alimentaire ;
• porter le taux d’achèvement du secondaire à plus de 80 % ;
• atteindre une couverture santé universelle de 70 % ;
• améliorer la perception de la corruption de 50 points ;
• porter à 40 % la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique ;
• faire d’Haïti le pays le plus sûr de la région.
Ce ne sont pas des chiffres pour impressionner. Ce sont des bornes pour gouverner. Car un pays se relève quand il se donne des objectifs qui obligent l’État, la société et l’élite.
Trois phases, une stabilité : l’architecture des 25 prochaines années
Cette Renaissance se mènera en trois phases fondamentales sur les 25 prochaines années, dans la plus grande stabilité possible. Parce que la stabilité n’est pas un luxe : c’est la condition sine qua non de notre développement. Et chacun devra jouer son rôle — clairement, sans confusion, sans substitution :
• La société civile est la conscience et le garde-fou ;
• Le secteur privé est un moteur d’investissement et de création de richesse ;
• La nouvelle classe politique est l’outil institutionnel qui transforme les rêves en politiques publiques.
La société civile ne peut pas remplacer la classe politique.
Le secteur privé non plus.
On peut réparer des torts sociaux, porter des projets, sauver des vies — oui. Mais sans une classe politique renouvelée, compétente, intègre, responsable, la nation reste prisonnière du provisoire.
Notre plus grand objectif : la perle des Antilles pour les nouveaux libres
Après 40 ans dans le désert, nous réparerons les torts sociaux, oui; mais notre plus grand objectif dépasse la réparation : il s’agit de réussir. Il s’agit de faire d’Haïti la perle des Antilles pour les nouveaux libres — une terre où la liberté ne se limite pas à un drapeau, mais se prouve dans l’école, l’hôpital, la sécurité, le travail, la justice, la dignité.
Cette question existentielle a appartenu à toutes les générations avant nous. Et voici ce que nous décidons, en 2026 : nous ne la transmettrons plus comme un fardeau à ceux qui naîtront demain.
La remontada haïtienne : contre toute attente, avec notre seule force
Oui, nous le savons : contre toute attente, ce projet ressemble à une “remontada”. Mais nous croyons en notre peuple — c’est notre seule force. Nous croyons en notre jeunesse — c’est notre point d’appui.
Et nous affirmons, en ce début d’ère :
2026 est l’An 1 et la terre promise est devant nous.
Que l’on s’y prépare : la Renaissance ne demandera pas d’applaudissements. Elle demandera du courage. Elle demandera des renoncements. Elle demandera une discipline nationale. Et elle récompensera ceux qui auront choisi le pays au lieu de l’ego, l’avenir au lieu du confort, la patrie au lieu de la rente.
